La Syrie un an après le début de la révolution!

article publié le 15 mars 2012

Le peuple syrien se bat depuis un an contre un régime criminel et autoritaire. En dépit de la terrible répression, le mouvement populaire en Syrie continue de manifester dans les rues pour exiger le renversement du régime. D’après les informations publiées le 12 février par le Strategic Research and Communication Centre, la répression a causé la mort de 8314 martyrs, plus de 35’000 blessés, plus de 65’000 disparus et plus de 212’000 prisonniers. Le dernier rapport d’Amnesty International, en date du 14 mars 2013, a pour titre: «Syrie: le recours systématique et généralisé à la torture» [1]. Cet article cherche à répondre à quelques questions et débats sur le processus révolutionnaire en cours depuis le début du soulèvement.

Quelle est la base du mouvement populaire?

Le mouvement populaire syrien compte plusieurs composantes. En premier lieu, on trouve des militant·e·s engagés dans la lutte contre le régime avant le soulèvement et surtout depuis le «printemps de Damas» en 2001. Leurs activités visaient à recommander l’application de la démocratie en Syrie, à défendre la cause palestinienne et à dénoncer la guerre contre l’Irak. Il s’agit surtout d’hommes et de femmes jeunes, âgés de 25 à 40 ans. Ils sont dans leur grande majorité des laïcs progressistes, appartenant à toutes les communautés, y compris à des minorités comme celles des Alaouites, des Chrétiens, des Druzes, etc.

Ce sont ces militants qui ont organisé l’une des premières manifestations au début de l’insurrection, le 16 mars 2011, qui ont appelé la veille des familles en défense des prisonniers devant le Ministère de l’intérieur à Damas, rassemblant deux cents personnes. Les services de sécurité ont réprimé leur manifestation. Ils jouent maintenant un rôle important dans les Comités de coordination sur le terrain en Syrie et dans les actions pacifiques contre le régime. La Commission générale de la révolution syrienne, une coalition des comités locaux, est dirigée par exemple par Suhair Atassi. Cette dernière a été arrêtée pendant 10 jours suite à sa participation, accusée d’être une des organisatrices de la manifestation du 16 mars et qui vit maintenant en exil, après avoir passé des mois dans la clandestinité.

La Coordination des comités locaux (CCL) est notamment dirigée par l’avocat Razan Zaitouneh qui s’est caché pendant plus de 10 mois. Le régime a ciblé spécifiquement ce type de militants qui agençaient les manifestations, la désobéissance civile et les campagnes en faveur des grèves. Ils ont été soit emprisonnés, soit tués ou encore ont dû partir en exil. Or, des militants de ce type sont néanmoins toujours présents. Ils jouent encore un rôle important dans le processus révolutionnaire syrien en essayant d’articuler les diverses formes populaires de résistance contre le régime.

On peut aussi citer divers groupes de militants dans différentes régions de Syrie, comme les Jeunes de Daraya, dans la banlieue de Damas, qui ont commencé leur activisme social depuis 2003 en lançant une campagne de lutte contre la corruption, ou en organisant une manifestation après la chute de Bagdad [avril 2003] au cours de laquelle ils ont été arrêtés par le régime sous prétexte de«former un groupe politique non enregistré et de répandre le confessionnalisme». Les Jeunes de Daraya ont cru dans l’activisme social et ont été inspirés par des exemples historiques de mouvements non violents. Ils ont constitué une bibliothèque itinérante et distribué des livres à la population du quartier. Ils ont nettoyé les rues. Ils ont projeté des films sur Gandhi dans la mosquée.

Le deuxième et plus important groupe du mouvement révolutionnaire syrien est celui des prolétaires ruraux et urbains et des «classes moyennes» économiquement marginalisés qui ont subi l’application des politiques néolibérales, notamment depuis l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad.

Le processus de libéralisation économique a créé une inégalité toujours plus grande en Syrie. Les plus pauvres ont du mal à s’en sortir dans la nouvelle économie en raison d’un manque de possibilités d’emploi, tandis que la «classe moyenne tombe» en chute libre vers le seuil de pauvreté parce que leurs revenus n’ont pas suivi l’inflation qui s’est élevée à 17 % en 2008. Il y a maintenant des taux de chômage de l’ordre de 20-25 %, atteignant 55 % pour les moins de 25 ans (dans un pays où les personnes de moins de 30 ans sont 65 % de la population totale). Le pourcentage des Syriens vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 11% en 2000 à 33% en 2010. Environ sept millions de Syriens vivent autour ou en dessous du seuil de pauvreté. Dans l’agriculture, la privatisation de leurs terres subie par plusieurs centaines de milliers de paysans dans le nord-est en raison de la sécheresse [dès 2008] ne devrait pas être considérée comme simplement une catastrophe naturelle. En effet, l’accroissement et l’intensification de l’exploitation des terres par des grands entrepreneurs agricoles (agrobusiness), y compris de terres précédemment conservées pour le pâturage, de même que le forage illégal de puits ainsi que la mise en place de conduites d’eau sélectives répondant aux exigences des nouveaux grands propriétaires – tout cela facilité par la corruption de l’administration locale – ­ont développé la crise agricole. «Selon l’ONU, plus d’un million de personnes ont migré des régions du nord-est vers les zones urbaines. Les cultivateurs n’ont plus de revenus et plus de quoi se nourrir. La production du blé, considérée comme une ressource stratégique en Syrie, est estimée cette année à 2,4 millions de tonnes contre 4,1 millions en 2007. Nous allons importer du blé pour la troisième année consécutive», la consommation nationale s’élevant à environ quatre millions de tonnes par an, écrivait mardi [15 juin 2010] le quotidien al-Baas.» (Roueida Mabaradi, AFP, Damas, 21 juin 2010)

La géographie des révoltes à Idlib et Deraa ainsi que dans d’autres zones rurales, des bastions historiques du parti Baas qui n’avaient pas pris part à grande échelle comme aujourd’hui dans l’insurrection des années 1980, y compris la banlieue de Damas et Alep, montrent l’implication des victimes de la politique néolibérale dans cette révolution. C’est de cette composante de la révolution actuelle que viennent certains qui rejoignent les groupes armés de l’Armée syrienne libre (ASL). De même, on peut constater le regroupement de protestataires s’opposant au régime autour de cheikhs dans certains quartiers. En conséquence, de nombreux cheikhs ont été arrêtés tandis que d’autres ont fui le pays.

Enfin, on trouve l’opposition «traditionnelle», participant ainsi au mouvement populaire, y compris des partis kurdes, des groupes de gauche, des nationalistes, des libéraux et des islamistes.

Un mouvement communautaire?

Il s’agit d’un soulèvement populaire et national, qui rassemble toutes les communautés présentes en Syrie. Les Arabes sunnites forment la majeure partie des manifestants parce qu’ils sont la majorité de la population, mais cela ne signifie pas que les minorités ne jouent pas un rôle important dans le soulèvement. Les activistes forment un groupe extrêmement diversifié, en termes d’appartenance communautaire et d’origine ethnique et comprennent des militants alaouites tels que la féministe Hanady Zahlout et le dissident de longue date Habib Saleh, tandis que Samar Yazbeck (écrivaine), Louaï Hussein (écrivain et militant, arrêté de 1984 à 1991) et Fadwa Soleiman (actrice) sont des figures de l’opposition. Les activistes kurdes sont très présents dans le processus révolutionnaire, bien que la presse minimise leur rôle. Beaucoup de ces militants ont participé effectivement à l’intifada kurde de 2004 dans le nord de la Syrie, dans laquelle des manifestants kurdes, partie d’une population particulièrement mise à l’écart, ont été tués et emprisonnés.

Les Assyriens, une population chrétienne, sont également partie prenante de la révolution syrienne et la rejoignent à partir d’une histoire militante profondément enracinée. La ville de Salamiya (Syrie centrale) a connu des protestations massives et constantes depuis le début de la révolution, le devant de la scène étant principalement tenu par des jeunes laïques d’origine ismaélienne. De nombreux réfugiés palestiniens en Syrie ont participé à la révolution et ont souffert aux côtés de leurs frères et sœurs syriens, de Deraa à Damas en passant par Lattaquié, où le camp de réfugiés a été bombardé par les forces syriennes, en particulier dans le camp de réfugiés de Yarmouk. Plus de 40 Palestiniens ont été tués par les services de sécurité syriens, tandis que des centaines d’entre eux ont été arrêtés et jetés en prison.

Des révolutionnaires syriens chrétiens ont également été partie prenante du soulèvement et certains sont des personnalités importantes de l’opposition tels que George Sabra (militant de longue date, communiste, chrétien d’origine), Michel Kilo (écrivain et défenseur des droits humains) et des avocats comme les frères Bounni et Michel Chammas. Récemment, un premier officier chrétien syrien a déserté l’armée syrienne, Muteeh Ilyas Ilyas. Les forces de sécurité ont tué de nombreux militants chrétiens de Syrie, comme récemment Hossam Mikhail pour ses liens avec l’Armée syrienne libre, tandis que le prêtre Basiliu Nassar fut également assassiné en portant secours à une victime d’une attaque de l’armée dans le quartier de Jarajmah à Hama. Le dernier nommé avait l’habitude de porter de la nourriture dans des secteurs attaqués par l’armée syrienne et de donner un coup de main aux médecins à Hama. Il faut souligner que, tout récemment, s’est constituée une brigade alaouite dans l’Armée syrienne libre, ceci dans la province d’Idlib (où la répression est féroce et les bombardements sur la ville d’Idlib se font plus forts) ; cette brigade est placée sous le commandement de l’officier Saleh Habibi Saleh.

Les forces syriennes ont également tiré un missile non explosif contre le monastère de Notre Dame de Saidnaya, au nord de la capitale, après avoir appris que les moines s’étaient engagés dans la livraison de médicaments et de ravitaillement à des zones bombardées. En plus de distribuer des fournitures aux victimes, plusieurs églises de Damas et d’autres villes syriennes ont été à l’initiative de conférences contre le régime syrien et sa répression brutale des manifestations pacifiques. Le gouvernement syrien a donné des instructions pour que toutes les banques du pays arrêtent les transactions avec le Patriarcat orthodoxe Mariamite accusé de blanchiment d’argent, a déclaré un militant chrétien syrien dans le sud-ouest du gouvernorat de Rif Dimashq.

Des pages Facebook sont apparues comme «Alawi Coalition contre le régime de la famille Assad», «Comité anti-Bachar Assad des jeunes Alawi à Homs», «Réseau des chrétiens syriens pour soutenir la révolution syrienne» et «Informations sur la participation des minorités dans la révolution syrienne». Il y a également eu une profusion d’autres déclarations publiques, avec des titres comme «Déclaration de membres de la communauté alaouite», «Déclaration de chrétiens de Syrie» et «Déclaration en faveur de la citoyenneté».

Stratégie, tactique et le rôle de l’Armée libre syrienne (ALS)

Tout d’abord, jusqu’à maintenant, la révolution syrienne se caractérise par ses actions non violentes, depuis des manifestations jusqu’ à la désobéissance civile, en passant par les campagnes en faveur de la grève, comme nous l’avons vu au cours de décembre 2011 et depuis. Mais la presse régionale et internationale se concentre exclusivement sur les affrontements entre l’armée syrienne et l’ALS. Deuxièmement, il y a eu un certain fétichisme quant à la nature pacifique des révolutions, en prenant comme exemple le cas égyptien, au moment où certains condamnent l’utilisation d’armes par des secteurs de l’opposition syrienne pour se défendre.

Il convient de rappeler qu’il y a eu plus de 800 martyrs durant les 3 semaines précédant le renversement de Moubarak et qu’à un moment donné les manifestants ont utilisé la violence pour se défendre contre les «voyous» (hommes de main) envoyés par le régime de Moubarak pour envahir la place Tahrir. Les gens, en Syrie et ailleurs, ont le droit de se défendre, eux-mêmes et leur famille, contre l’oppression d’un régime autoritaire. Dénions-nous ce droit à la résistance palestinienne contre l’Etat israélien colonial, raciste et d’occupation? Evidemment non, c’est un droit! Le droit de se défendre contre la répression du régime n’est effectivement pas en contradiction avec la lutte pacifique du mouvement populaire et le renversement du régime.

Cela dit, il est nécessaire de discuter dans le mouvement de masse contre la dictature du clan Assad du rôle de l’ALS dans le processus révolutionnaire. Actuellement, l’ALS n’est pas une institution unique et unifiée. Il s’agit plutôt d’une étiquette représentant des groupes armés indépendants, situés dans diverses régions de la Syrie. Ces groupes ne sont ni bien armés ni bien soutenus financièrement. L’ALS achète des armes sur le marché noir local – à des trafiquants d’armes et des contrebandiers qui tirent profit de la situation en Syrie – tout en s’en procurant aussi auprès de contrebandiers irakiens, libanais et turcs. Les membres de l’ALS récupèrent également des armes des forces de sécurité lors des attaques des dépôts d’armes du régime.

La Coordination des comités locaux (CCL) analyse la situation de l’ALS dans les termes suivants: «Le sort de notre Révolution a été confié à l’Armée syrienne libre (ALS), composée de déserteurs et de civils qui portent les armes pour se défendre. Ce groupe est dépourvu de toute base durable et ne dispose pas d’un commandement unifié. Dans le même temps, l’ALS a remarquablement et courageusement défendu des civils non armés et leurs zones de vie avec un armement léger et peu de munitions. Comme on pouvait le prévoir, la machine de guerre répressive du régime a été en mesure de concentrer sa répression et sa colère sur les résidents de ces zones où l’ALS a pris position. La machine de guerre du régime s’y est livrée à des actes de représailles qui ont doublé le nombre de victimes, résultant en crises humanitaires et provoquant l’apparition de zones sinistrées dans de nombreuses régions du pays.»

Par ailleurs, le manque de soutien organisé et ample à l’ALS a conduit à une absence de direction efficace dans l’opposition armée. Cela a nui aux résultats de l’ALS et pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’ensemble de la nation, une fois acquise l’indépendance à l’égard du régime criminel actuel. L’existence des brigades dispersées et incontrôlées, mues par différents intérêts, loyautés et trajectoires, combinée avec la possibilité d’un flux d’armes venues de l’étranger, présente le risque de se retrouver face à des milices indépendantes qui, dans le meilleur des cas, ne seront pas concernées par l’intérêt national [de l’ensemble de la Syrie] et, dans le pire des cas, pourraient s’associer à des forces extérieures dotées de programmes contradictoires

La CCL et différents groupes, tel celui de la Gauche révolutionnaire syrienne, ont appelé à unifier les différents groupes armés en Syrie et à les placer sous une autorité civile à laquelle ils devraient rendre compte. Comme nous pouvons le lire dans la même déclaration de la CCL: «Ce qui est nécessaire est un commandement unifié contrôlant toute action militaire en Syrie, conjointement à une vision claire et à un plan d’action qui prennent en compte les objectifs de la révolution. On ne pourra pas maintenir les actions de l’ALS ni conserver les avantages qui en découlent pour la nation sans un soutien stable et concret. Un tel soutien permettrait à l’ALS de planifier et d’exécuter ses opérations et lui permettrait de prendre en connaissance de cause ses décisions en matière d’action armée.»

Les actions de l’ALS devraient aussi être coordonnées par les groupes d’opposition et les coordinations locales, répondre à leurs besoins afin de protéger les manifestants et non transformer la lutte du peuple syrien en un combat contre l’armée du régime, ce que ce dernier souhaite en raison de son avantage qualitatif et quantitatif.

L’armée syrienne est composée d’à peu près 295’000 membres actifs. Environ 175’000 sont des appelés, avec des degrés variables de formation et d’engagement. Cependant, l’armée comprend également un certain nombre d’unités supérieurement entraînées et efficaces, y compris la Division de la Garde républicaine et la 4e Division mécanisée, totalisant entre 25’000 et 35’000 soldats. Ces unités sont sous le commandement de Maher el-Assad, frère de Bachar el-Assad. En outre, il existe 100’000 paramilitaires, liés directement au parti Baas au pouvoir. Il y a aussi le dispositif de Sécurité intérieure qui comprend les forces de police liées au renseignement militaire syrien; le Bureau de la sécurité nationale; la direction de la sécurité politique; le service de renseignement de l’armée de l’Air et enfin la Direction générale du renseignement. Cette dernière force est à elle seule composée d’environ 25’000 hommes. Elle est directement liée au plus haut niveau du gouvernement.

C’est pourquoi nous plaidons pour que l’ASL joue un rôle uniquement défensif et coordonné avec les forces sur le terrain comme la CCL et d’autres groupes qui luttent contre le régime. L’ASL devrait aussi inclure totalement et complètement les objectifs de la révolution syrienne. Malgré les différents appels à armer l’ASL et à une intervention étrangère  – que la «communauté internationale» a rejeté – il est nécessaire de mettre l’accent sur le mouvement révolutionnaire et populaire, comme l’a dit la CCL: «Mettre l’accent sur l’armement de l’ASL, comme l’ont préconisé des manifestants au cours des derniers mois, y compris les appels pour une zone d’exclusion aérienne et des corridors humanitaires sécurisés, ne devrait pas nous détourner du mouvement révolutionnaire. Au contraire, nous devons travailler avec les principaux activistes locaux pour nous concentrer sur l’amélioration et la poursuite de leurs activités révolutionnaires afin d’accroître leur efficacité. Le discours sur la désobéissance civile pacifique n’a pas encore atteint la majorité populaire, ni convaincu de son efficacité. De nombreuses méthodes de résistance civile doivent encore être utilisées ou ont été utilisées trop brièvement. Il est maintenant impossible d’exiger le rétablissement des méthodes et des activités relevant de la désobéissance civile – en l’absence d’une politique clairement articulée d’armement de l’ALS – sans une déclaration soigneusement exprimée et sans mécanismes spécifiques qui vont bien au-delà de l’activité purement symbolique.»

Les groupes locaux et les comités de coordination (CCL) sont la forme organisationnelle efficace et directe de la révolution. Les groupes politiques doivent soutenir et travailler à coordonner une stratégie révolutionnaire claire et unifiée. A partir de là, nous pouvons bâtir une coalition révolutionnaire recueillant l’appui d’une majorité.

Intérêts géopolitiques

La Syrie est le théâtre d’un affrontement entre les différentes puissances régionales et mondiales, qui font passer leurs intérêts avant ceux du peuple syrien. Les Etats-Unis et leurs alliés parmi les pays arabes du Golfe, notamment le Qatar et l’Arabie saoudite, espèrent détourner la révolution et prendre le contrôle des révolutions arabes. Dans le cas de la Syrie, l’objectif principal des pays occidentaux et des régimes du Golfe est d’affaiblir l’Iran (et son régime) en utilisant la carte de la Syrie, ce qui affaiblirait l’alliance entre les régimes de Syrie et d’Iran ainsi que les relations avec le Hezbollah. La Russie, la Chine et l’Iran soutiennent (avec des nuances) le régime Assad pour leurs propres intérêts géopolitiques (militaires et économiques, entre autres), en rapport aussi avec la gestion musclée de leur pouvoir interne. En outre, sous des angles divers, le pouvoir de ces trois pays craint que les Etats-Unis n’augmentent leur influence dans une Syrie post Assad.

Le spectre d’une intervention militaire étrangère est de plus en plus ébranlé suite aux déclarations de l’OTAN, des Etats-Unis et même de l’Union européenne sapant toute volonté et/ou toute possibilité de lancer une offensive militaire en Syrie. La réalité est que personne n’a intérêt à la chute du régime Assad, ou moins des piliers de l’Etat syrien. Le pouvoir du clan Assad a évité un affrontement direct avec Israël pendant près de quatre décennies. Même le Royaume d’Arabie saoudite, le plus ouvertement critique du régime syrien ces derniers mois, mais aussi le plus important investisseur étranger en Syrie avant le début de l’insurrection, a déclaré récemment, par la voix du ministre des Affaires étrangères, le prince Saud al Faisal, que «personne n’est contre le régime syrien, mais nous sommes contre ce qu’il fait». Désolé, mais si! Le peuple syrien est contre le régime et veut le renverser!

Un scénario type Yémen – une transition politique contrôlée par les pays du Golfe et les Etats occidentaux qui conserve telle quelle l’essentiel de la structure du régime, en sacrifiant le chef de l’Etat – pourrait être une possibilité envisagée par les différents protagonistes, depuis les alliés jusqu’aux ennemis d’Assad. Le seul acteur qui ne serait pas satisfait serait le peuple syrien et sa volonté de changement réel.

L’opposition

L’opposition a été très souvent réduite au Conseil national syrien (CNS), créé en août 2011 à Istanbul, dans les médias régionaux et internationaux et par l’Occident, tandis que la scène politique syrienne est très riche et complexe.

Le CNS est un groupe d’opposants au régime en exil. Il est dominé par les partis politiques, notamment les Frères musulmans et les libéraux, liés à l’impérialisme occidental et à leurs clients du Golfe. Le CNS a appelé à plusieurs reprises à une intervention militaire étrangère en Syrie. Il a aussi répondu favorablement aux demandes des impérialistes occidentaux en déclarant qu’une Syrie post-Assad réduirait ses liens avec l’Iran et mettrait fin à l’alliance militaire de la Syrie avec le Hamas et le Hezbollah. Le CNS a également déclaré qu’un gouvernement post-Assad agirait pour resserrer les liens avec les pays du Golfe qui sont des alliés des puissances occidentales et aurait exclusivement recours aux négociations pour récupérer le plateau du Golan occupé par Israël.

Le CNS s’est appliqué à donner des garanties aux puissances occidentales, les assurant de sa volonté de servir leurs intérêts politiques, en complète contradiction avec les intérêts du peuple syrien, plutôt que de renforcer le mouvement populaire à l’intérieur du pays [2].

Le CNS n’est cependant pas représentatif du peuple syrien et n’a pratiquement que très peu de soutien à l’intérieur de la Syrie. Il a été la cible de manifestants et de divers groupes qui luttent sur le terrain, comme la CCL qui déclarait:

«Les performances du CNS doivent fondamentalement changer à tous les niveaux. Au cours de l’année écoulée, le peuple syrien a accompli ce qui était autrefois jugé impossible en continuant à protester contre le régime criminel. Par conséquent, il n’est pas impossible pour le CNS de restructurer son organisation et de développer un message plus cohérent et convaincant d’abord à l’attention du peuple syrien, puis au reste du monde. Nous n’avons pas seulement besoin de remplacer el-Assad, ce qui pourrait nous ramener au point de départ et nous en savons déjà les conséquences. Comme nous l’avons vu avec le CNS, un vide politique prolongé est devenu un fardeau pesant sur la révolution et ne fera que prolonger la crise et la souffrance du peuple syrien.»

De nombreux groupes sont présents en Syrie et luttent contre le régime. Ils doivent être inclus lorsque nous parlons de la diversité de la scène politique syrienne. On peut les énumérer de la sorte.  Le Comité National de Coordination pour le changement démocratique (un groupe de l’intérieur qui rassemble des nationalistes, des éléments de gauche et des Kurdes); la Coalition Nationale qui rassemble plusieurs groupes de gauche, les partis kurdes et assyriens, les nationalistes et les libéraux. En outre, plusieurs groupes islamistes, de diverses tendances, sans liens avec les Frères musulmans existent dans le pays. Les principaux organisateurs de manifestations, de la désobéissance civile et des actions de grève sont néanmoins les comités de coordination à l’intérieur du pays. Ils sont la véritable force de la résistance et c’est pourquoi ils ont été les principales cibles du régime depuis le début du soulèvement.

Le courage et la détermination du peuple syrien dans sa lutte contre le régime autoritaire et assassin en faveur de la démocratie, de la justice sociale et de la véritable indépendance ont été plus qu’incroyables et ont stupéfié – au sens littéral – les «observateurs». Mais comme les Syriens l’ont affirmé depuis le début de l’insurrection: «le peuple syrien ne se mettra pas à genoux».

Cette dernière année, un nouveau peuple syrien enraciné dans l’humanisme révolutionnaire et la lutte pour la liberté est né. Nous demandons à tous les hommes et les femmes partageant ces valeurs de soutenir et d’apporter leur solidarité au peuple syrien dans sa lutte révolutionnaire pour renverser un régime criminel et autoritaire. La révolution doit continuer afin de poursuivre les objectifs que le peuple syrien s’est fixés, il y a un an! Victoire pour la révolution syrienne et sympathie pour nos martyrs.

_________

[1] Diffusé la veille de la date anniversaire des premières manifestations de masse en Syrie, le nouveau rapport d’Amnesty International intitulé «I Wanted to die» : Syria’s torture survivors speak out, recense 31 méthodes de torture et d’autres formes de mauvais traitements attribuées aux forces de sécurité, à l’armée et aux bandes armées progouvernementales connues sous le nom de shabiha, telles que les ont décrites des témoins ou des victimes à des délégués d’Amnesty International en Jordanie, en février 2012.

Ann Harrison, directrice adjointe par intérim du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International, déclare : «Ce qu’ont traversé les nombreuses personnes visées par la vague d’arrestations qui a marqué l’année écoulée est très similaire à ce que les détenus enduraient sous l’ancien président Hafez el Assad – le cauchemar éveillé de la torture systématique.»

Le rapport souligne, entre autres: «Les témoignages que nous avons recueillis nous ont donné un aperçu choquant d’un système de détention et d’interrogatoire qui, un an après le début des manifestations, semble avoir pour but premier de dégrader, d’humilier et de terrifier ses victimes afin de les contraindre au silence.»

«Méthodes employées

La torture et les autres formes de mauvais traitements infligées aux détenus suivent généralement un modèle établi. De nombreuses victimes ont dit que les violences physiques avaient commencé dès leur arrestation, puis qu’elles avaient été sauvagement frappées – à coups de bâton, de crosse de fusil, de fouet, de poing, de câble tressé – à leur arrivée dans les centres de détention, une pratique parfois nommée haflet al istiqbal (accueil).Les nouveaux détenus doivent généralement retirer tous leurs habits sauf leurs sous-vêtements et sont parfois laissés dehors pendant des périodes pouvant aller jusqu’à 24 heures.»

«Interrogatoires

Selon les témoignages recueillis par Amnesty International, c’est lors des interrogatoires que le danger est le plus grand.

Plusieurs personnes ayant connu la torture ont fait part de leur expérience du dulab (pneu): la victime est forcée à grimper à l’intérieur d’un pneu – souvent suspendu – et frappée, parfois à l’aide de câbles ou de bâtons.

Les informations faisant état du recours au shabeh augmentent: la victime est suspendue en hauteur, à un crochet, une poignée ou un encadrement de porte, ou par des menottes aux poignets, de sorte que ses pieds se trouvent juste au-dessus du sol ou que ses orteils touchent à peine terre. Elle est alors souvent rouée de coups.

«Karim», 18 ans, étudiant originaire d’al Taybeh (gouvernorat de Deraa), a dit à Amnesty International que les personnes chargées de son interrogatoire ont utilisé des tenailles pour arracher des lambeaux de peau de ses jambes alors qu’il était détenu dans des locaux des services de renseignement de l’armée de l’air, à Deraa en décembre 2011.

La torture à l’électricité semble être fréquemment utilisée lors des interrogatoires. D’anciens détenus ont décrit trois méthodes: asperger d’eau la victime ou le sol, puis infliger des décharges à la victime en utilisant l’eau comme conducteur; la «chaise électrique», où des électrodes sont apposées sur le corps; et l’utilisation d’aiguillons électriques.

La torture liée au genre ainsi que d’autres crimes de violence sexuelle sont semble-t-il devenus plus fréquents au cours de l’année écoulée. «Tareq» a raconté à Amnesty International que lors de son interrogatoire à l’antenne du Renseignement militaire de Kafr Sousseh (Damas, en juillet 2011), on l’a forcé à regarder «Khalid», un autre détenu, se faire violer: «Ils ont baissé son pantalon. Il avait une blessure en haut de la jambe gauche. Puis le fonctionnaire l’a violé contre le mur. Khalid pleurait, se cognant la tête contre le mur.»

Anne Harrison affirme, à juste titre:«Nous continuons à penser que la Cour pénale internationale (CPI) est le meilleur moyen de véritablement amener les responsables à rendre des comptes pour les graves violations commises contre le peuple syrien.»

Les résultats récents de recherches effectuées sur la torture sont présentés sur le site Eyes on Syriad’Amnesty International (www.eyesonsyria.org), une plateforme interactive de cartographie qui recense les violations des droits humains dans le contexte du soulèvement populaire. (Rédaction A l’Encontre)

[2] Mercredi 14 mars a été annoncé la démission du CNS de trois de ses membre: Haitham al-Maleh et Kamal al-Labwani et Catherine al-Telli.

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