La paix en Syrie ne viendra ni d’el-Assad, ni de l’ONU, mais de la victoire et de la continuation de la révolution!

Version allongée de l’article publié dans le journal Le Courrier: http://www.lecourrier.ch/105006/la_paix_en_syrie_ne_viendra_ni_d_el_assad_ni_de_l_onu

Le discours du dictateur Bashar Al Assad le 6 janvier 2013 à l’opéra dans la capitale Damas a été une répétition des ses derniers discours officiels. Il a de nouveau lancé un appel à la “mobilisation totale de la nation” pour lutter contre les insurgés qu’il a qualifiés de terroristes d’Al Qaïda et  a appelé à une conférence de réconciliation avec «ceux qui n’ont pas trahi la Syrie», laquelle serait suivie de la formation d’un nouveau gouvernement et d’une amnistie. La solution de sortie de crise de Bachar Al Assad n’est pas une solution, mais par contre un message clair envers le peuple syrien : le régime continuera sa guerre totale contre le mouvement populaire pacifique et armé.

Cela n’ouvre pas de nouvelles perspectives pour le peuple syrien qui lutte depuis bientôt deux ans pour mettre fin au régime criminel et corrompu du dictateur Bachar al Assad.  Les Martyrs de la révolution ont dépassé les 60 000 personnes, alors que de nombreuses villes et les quartiers ont été détruits par les bombardements des avions et les chars du régime. Plus d’un demi-million de personnes sont réfugié(e)s à l’étranger dans les pays voisins et plus de 2,5 millions de Syrien(ne)s sont des déplacés interne à l’intérieur du pays. En 2013, ce nombre pourrait s’élever à 4 millions de personnes selon un récent rapport de l’Office des Nations Unies pour l’aide humanitaire.

Dans ces conditions comment espérer la paix pour le peuple syrien après tant de souffrances ?

La paix peut elle voir le jour à travers le plan proposée par l’envoyer spécial des Nations Unies Lakhdar Ibrahimi ? Ce dernier, soutenu par toute la Communauté Internationale y compris la Russie et les USA, a suggéré comme «plan de paix pour la Syrie » la formation d’un gouvernement de transition nationale qui détiendrait l’entière responsabilité du pouvoir exécutif de gouverner la Syrie jusqu’aux élections présidentielles et législatives en 2014 sous les auspices de l’ONU. Pendant cette période, le dictateur Bachar al Assad resterait en fonction au sommet de l’Etat. La phrase suivante de Trotski s’applique à merveille à l’ONU : « La Société des Nations (SDN) défend le statu quo; ce n’est pas l’organisation de la “paix”, mais celle de la violence impérialiste de la minorité contre l’immense majorité de l’humanité »[1]. L’ONU comme son défunt ancêtre la SDN est en effet l’instrument des puissants de ce monde pour garantir leurs intérêts et  le cas syrien ou palestinien également en sont des exemples parmi d’autres.

Non cela n’est pas un plan de paix, mais bien la continuation de dictature et la souffrance du peuple syrien à travers le retour au statuquo, qui ne signifie en aucun cas la paix. C’est oublier que pour le peuple syrien il n’y avait pas de paix véritable avant le début de la révolution en Syrie en Mars 2011, mais il n’y avait que l’illusion de la paix. Pourquoi? Parce que le régime syrien depuis l’arrivée de Hafez al-Assad en 1970 au pouvoir a lancé une guerre permanente contre le peuple syrien, à travers une répression sévère, les tentatives de diviser le peuple de Syrie à travers des lignes sectaires et ethniques, et l’appauvrissement de la majorité du peuple syrien par la corruption et, mais surtout, l’accélération des politiques néolibérales mises en œuvre par Bachar al Assad et plongeant 60% de la population syrienne sous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté.

En Mars 2011, et dans la continuité des autres soulèvements populaires dans la région, le peuple syrien a commencé sa lutte pour mettre fin à cette illusion de paix, et de la réalité de l’oppression, et pour vivre libre et dans la dignité. Ce n’est pas la résistance populaire armée qui a amené la guerre à la Syrie et le peuple syrien, mais le régime et sa volonté de poursuivre sa guerre permanente contre le peuple et de soumettre chaque individu à sa volonté. Les nouveaux massacres commis par les forces du régime dans la ville  de Helfaya à Hama et Talbiseh, Banlieue de Damas, au mois de décembre montrent l’aspect criminel de ce régime. Dans les deux cas, la zone ciblée étaient des civils qui se pressaient pour obtenir du pain.

Cela ne signifie pas qu’aucunes erreurs et des crimes qui vont à l’encontre de l’esprit de cette révolution ont été faits par la résistance populaire armée, que nous condamnons. La montée de certains groupes sectaires islamistes et d’autres doivent être condamnés et compris dans le jeu joué par certains acteurs régionaux, particulièrement du Golfe, pour transformer cette révolution populaire en une guerre sectaire, en d’autres termes transformer en échec de cette révolution populaire.

Les pays du Golfe, centre de la contre révolution, craignent en effet une propagation de la révolution dans la région qui menacerait leur pouvoir et leurs intérêts. La transformation de la nature de la révolution en une guerre sectaire leur permettrait aussi de faire peur à leurs propres populations de la façon suivante: tout changement dans la région est susceptible de provoquer des guerres sectaires et nous devons donc encourager le statu quo, en d’autres termes, le maintien des pouvoirs dictatoriaux.

Le dictateur Assad a déclaré à plusieurs reprises que des parties de l’opposition comme des agents de puissances étrangères qui ne pouvaient pas être inclus dans les négociations: “Nous n’aurons pas de dialogue avec une marionnette faite par l’Occident“. Le peuple syrien est  d’accord avec cette citation, ils refusent toute négociation avec un régime qui n’a pas hésité pendant les 30 dernières années à servir les puissances impérialistes à de nombreuses reprises. Les grandes puissances n’ont en effet pas intérêt au renversement de ce régime. Ce régime a contribué à stabiliser les frontières avec Israël et a travaillé avec les puissances occidentales à plusieurs reprises dans la «guerre contre le terrorisme» lancée par l’ancien président George W. Bush, et dans les guerres contre l’Irak en 1991, et en 2003 le régime a participé dans le système des «interrogatoires» des prisonniers mis en place par les puissances occidentales, sans parler de l’intervention militaire au Liban en accord avec la puissances occidentales et Israël pour écraser la résistance palestinienne et la gauche libanaise en 1976. Les politiques néolibérales ont accéléré de manière extraordinaire depuis l’arrivée au pouvoir de Bachar al-Assad en 2000, et le régime avait également ouvert la Syrie à beaucoup d’investisseurs de l’Occident et du Golfe avant le début de la révolution. Ces politiques ont plongé de plus de la moitié de la population dans la misère et la pauvreté. C’est pourquoi jusqu’à aujourd’hui les impérialistes n’ont aucun avantage à voir la chute du régime, pour les raisons ci-dessus et pour la sécurité d’Israël, dont la frontière avec la Syrie a été calme depuis 1973. Oui le peuple syrien refuse de négocier avec un régime qui a servi les impérialistes et un dictateur qui a été appelé un réformiste par la responsable américaine Hillary Clinton pendant les six premiers mois de la révolution et qui déjeunait au Palais de l’Elysee avec le président français Nicolas Sarkozy en Décembre 2011. Le peuple syrien ne négociera pas, il continuera la lutte jusqu’à la chute du régime.

Dans le même temps, le peuple syrien refuse toute tentative de soumettre la Syrie à n’importe quel contrôle et ou domination de l’étranger ! Ni Russie, ni USA ! NI Iran, Ni Arabie Saoudite ! Comme une bannière brandie dans la ville de Binich 2012, Septembre, qui disait: «Renversez tous ceux qui veulent la loyauté en échange d’un soutien” [3]. Les révolutionnaires s’opposeront également aux sections de l’opposition qui utilisent un discours sectaire et sont soutenu par les Etats arabes du Golfe dans leur propagande sectaire. Le terrible mal du sectarisme est d’ailleurs dénoncé par par beaucoup dans le mouvement populaire et le caractérise comme le «tombeau de la révolution ou des patries». Le sectarisme qui a été entretenu par le régime depuis des décennies, ne peut être vaincu que par la lutte pour la démocratie, la justice sociale, le sécularisme et l’indépendance réelle.

Aucune paix ne peut en effet voir le jour en Syrie sans en premier lieu la chute du régime d’Assad, qui constituera une grande victoire pour le peuple syrien. Mais nous savons pertinent que la véritable paix ne sera pas achevée avec la fin de la dictature Assad. En effet, le seul moyen pour se diriger vers une démocratie du peuple et de lutter contre la pauvreté, la répartition inégale des richesses, le sectarisme (propagé par le régime pendant des décennies et utilisé par certains groupes de l’opposition), la fin de toute discrimination et la reconnaissance de la pleine égalité entre les femmes et les hommes, entre les communautés religieuses et ethniques, avec le soutien à l’autodétermination du peuple kurde, est la poursuite du processus révolutionnaire par le peuple.

La paix est donc un chemin et entièrement partie du processus révolutionnaire, et le mouvement populaire a uni le peuple, tout comme les Egyptien(ne)s et les Tunisien(ne)s unis au cours de leurs révolutions, et a brisé le mur de la peur entre les Syrien(ne)s.

Ce n’est pas une révolution, une révolution a besoin d’intellectuels, où sont les intellectuels de cette révolution” ? Une révolutions a besoin de leaders, qui sont les leaders de cette révolution ?” Cette phrase dite lors de son apparition le 6 janvier 2012 symbolise bien l’absence de compréhensions du dictateur syrien, symptomatique de tous les dictateurs, face au mouvement populaire et son dynamisme. Le mouvement populaire s’auto organise  à travers des comités populaires au niveau des villages, quartiers, villes et régions. Ces comités populaires sont le véritable fer de lance du mouvement mobilisant le peuple pour les manifestations. Ils ont aussi développé des formes d’autogestion basées sur l’organisation des masses dans les régions libérées du joug du régime. Des conseils populaires élus ont vu le jour pour s’occuper et gérer les régions libérées, prouvant par là que c’est le régime qui provoque l’anarchie et non le peuple. De même les leaders de cette révolution sont chaque femme et homme qui participent à cette révolution et s’investissent dans les comités populaires.

Enfin les intellectuels sont tous ceux et toutes celles qui brandissent leurs messages sur leurs pancartes pour demander un Etat démocratique  et séculaire, dénoncer le sectarisme, répéter que le peuple syrien est un et uni et brandir une chaussure au visage du dictateur Bashar Al Assad comme signe de défiance à son discours.

Oui les intellectuels comme le soutient Gramsci ne peuvent plus simplement signifier une certaine éloquence ou  être restreint à leurs tour d’ivoire telle qu’elle est perçue par certain(e)s, mais il doit se joindre activement et participer à la vie courante, en tant que constructeur, organisateur et persuader activement et en permanence les masses à se joindre au mouvement.

Sans aucun doute, il s’agit d’une véritable révolution, et ce depuis le début. Et en dépit de la répression brutale et criminelle, le peuple syrien a toujours la même réponse pour quoi après: la révolution permanente jusqu’à la victoire!

Vive la révolution syrienne et Paix à tous les martyrs de révolution.


[1] Trosky L. (1936). La révolution Trahie

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