L’art et la culture comme actes de résistances

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Les processus révolutionnaires ont ouvert une nouvelle ère de luttes pour les peuples de la région et notamment un nouveau dynamisme culturel qui s’exprime comme des moyens de résistances. Les graffitis, dessins de tout genre, danse et autres sont devenus des actes de défiances contre tout retour en arrière vers la dictature ou contre toute nouvelle forme d’autoritarisme.

Tunisie 

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En Tunisie, le collectif d’artistes de rue Zwewla (« Les pauvres ») confectionne des slogans à revendication politique et sociale. Leurs tags s’attaquent à des problèmes tels que le chômage ou la pauvreté et dénoncent la continuation des politiques de l’ancien dictateur Ben Ali par l’actuel gouvernement. Après des fortes mobilisations populaires en faveur de deux militants du collectif, poursuivi par la justice pour avoir écrit sur un mur un slogan qui disait : « le peuple veut des droits pour les pauvres », ils ont été acquitté d’un non lieu. Ils étaient accusés de « diffusion de fausses informations en vue de troubler l’ordre public », « non-respect de l’état d’urgence » et « inscriptions sur un bâtiment public sans autorisation », des moyens connus pour limiter la liberté d’expression.

Un autre collectif de jeunes artistes tunisiens, Art Solution, a décidé lui de défendre la liberté d’expression par la danse. Le collectif a diffusé sur YouTube plusieurs vidéos de jeunes artistes enchaînant diverses danses dans des espaces publics à Tunis. Les clips sont intitulés  “Je danserai malgré tout“, et ont remporté un grand succès et soutien[1]. Dans la première vidéo du 8 novembre 2012, on voit des jeunes artistes enchaînant des pas de hip-hop dans des espaces publics à Tunis, tandis que dans la seconde plusieurs danseurs performent dans les rues de la capitale. Dans le clip vidéo, une femme exécute un ballet au milieu d’un marché de légumes populaire, tandis qu’un homme effectue des pas de breakdance sur le quai d’une station de métro à Tunis, ou encore un couple danse du classique au milieu d’une place publique de la capitale.

Egypte 

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En Egypte, le dynamisme de résistance culturelle manifesté chez  les mouvements de jeunes dans tout le pays est également impressionnant. Les murs du Caire et d’autres villes sont couverts de graffitis à caractère politique qui sont apparus avec la révolution, donnant ainsi l’humeur de la rue “révolutionnaire“.
 A deux pas de la place Tahrir au Caire, les graffitis qui sont apparus avec la révolution retracent les grandes heures du soulèvement populaire, rendent hommage à ses héros, décrivent des batailles de rue, caricaturent les puissants d’hier et d’aujourd’hui. Fin 2012, pour s’opposer à la nouvelle constitution rédigée par les Frères Musulmans (FM) et les salafistes, des jeunes ont recouvert les murs d’enceinte du palais de caricatures du président en pharaon et autres revendications populaires pour la liberté et la dignité. 
Les partisans de M. Morsi et des employés du palais ont rapidement effacé les oeuvres irrévérencieuses, qui continuent toutefois de fleurir en d’autres endroits de la ville.
 Ce genres de scènes se répètent d’ailleurs un peu partout en Egypte où les partisans des FM essaient très souvent d’effacer et/ ou d’abimer des graffitis critiquent du mouvement et/ ou avec des revendications allant à l’encontre de leur principes. Le collectif d’une 30 d’artistes et féministes Women on Walls (WOW)[2]  ou Sit El 7eta (en Arabe) a aussi utilisé des graffitis et l’art de rue pour promouvoir une campagne nationale sur les droits de la femme dans plusieurs villes.  Des graffitis du collectif WOW dans la ville de Mansoura, ont d’ailleurs été très abimé par des islamistes, sous le prétexte qu’ils ne voulaient pas que des femmes apparaissent sur les murs ou lire des messages au sujet de la liberté, des droits et de l’amour. De nombreux graffitis montrant des messages de résistances et de révoltes de la rue égyptienne sont disponibles sur ce lien « Revolution Graffiti – Street Art of the New Egypt » (https://www.facebook.com/pages/Revolution-Graffiti-Street-Art-of-the-New-Egypt/313913465299751?fref=ts -).

Des performances publiques de danses comme forme de protestations contre le pouvoir ont également eu lieu à plusieurs reprises comme par exemple lorsque des groupes de jeunes ont organisés devant des sièges du mouvement des FM au Caire différents types de danses[3].

En Egypte, la satire est également utilisée comme moyen d’expression et de critiques des politiques. L’exemple le plus connu est le présentateur satirique Bassem Youssef qui se moque, parodie et caricature les acteurs de la vie politique égyptienne dans son émission télévisé Bernamaj. Le président Mohamed Morsi n’est pas épargné. Ni l’opposant El Baradei, ni même le propriétaire de la chaîne ONTV Naguib Sawiris.

Syrie 

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Cette résistance culturelle prend une forme encore plus symbolique en Syrie avec la répression féroce et les destructions terribles causées par le régime. Nous nous souvenons des images du caricaturiste Ali Ferzat à l’hôpital après avoir été enlevé et tabassé par des agents des services syriens de sécurité pour avoir dessiné des caricatures critiquant le régime. Un certain nombre d’artistes, écrivains et autres qui ont pris fait et cause pour la révolution ont également subi la répression du régime. Mais au delà de ces derniers, c’est la résistance culturelle de la rue qui a émergé depuis le début de la révolution sous diverses formes.

Les banderoles de la ville de Kafranbel ont aujourd’hui fait le tour du monde pour leurs imaginations et leurs messages satiriques. On peut également trouver, surtout dans les régions et villes libérées, des graffitis couvrant les murs de bâtiments et des rues en soutien à la révolution et délivrant également divers messages d’unités du peuple syrien, de liberté et de dignité (voir https://syriafreedomforever.wordpress.com/the-revolution-in-pictures-2-2-الثورة-في-صور/). Dans la ville de Raqua libérée des forces du régime, des peintures sur les murs d’une grande allée sont couvert des drapeaux syriens de la révolution avec des messages de solidarités pour chaque ville du pays. Le drapeau syrien de la révolution a fait d’ailleurs l’objet d’une campagne nationale chez les révolutionnaires intitulé «  ce drapeau me représente » pour réaffirmer le message d’une Syrie libre pour toutes et tous lancée par les comités de coordinations locales qui consistait notamment à peindre sur les murs le drapeau de la révolution, à confectionner de desseins et à réaliser de vidéos. Une autre campagne de graffiti a également été organisée pour les deux ans de la révolution appelée «Freedom is a must » qui met l’accent sur la liberté comme la seule option du peuple syrien, s’opposant à la fois au régime criminel des Assad et aux groupes extrémistes islamistes.

Toujours dans la ville libérée de Raqua, une pièce de théâtre a été organisé par des groupes de jeunes des comités de coordination dénonçant le régime d’Assad et ses crimes[4]. Le courage et l’imagination du peuple syrien sont également représentés par les danses, dont la traditionnelle dabké, et les nombreux chants lors des manifestations populaires. Le premier à avoir chanté contre les crimes du régime est Samih Choukair, chanteur compositeur de gauche très connu en Syrie et dans le monde arabe pour son engagement pour la cause palestinienne et le Golan occupé. « Ya Heif » (oh honte !)[5].

La fameuse voix d’Ibrahim Qachouch, chanteur populaire de Hama assassiné par les services du régime Assad, est aussi utilisée jusqu’à aujourd’hui comme moyen de résilience contre le régime. Des  enregistrements de sa voix sont installés à la sauvette par les révolutionnaires dans des administrations et des locaux gouvernementaux à Damas. Les révolutionnaires ressuscitent sa voix pour signifier son immortalité.

La page Facebook «l’art de la révolution syrienne»[6], est d’ailleurs consacré à la créativité artistique de la contestation, de ses slogans, de ses films et ses messages directs adressés aux Syriens-nes.

Pour les deux ans de la révolution, dans les zones libérées du nord de la Syrie, le festival du Film documentaire libre a été organisé et a diffusé de nombreux films documentaires produits depuis le début de la révolution. En parallèle à l’étranger était organisé le « Syrian Street Festival » qui diffusait des films, chansons et autres. Ce festival regroupait des organismes civils de l’intérieur et de l’extérieur de la Syrie.

La sauvagerie du régime d’Assad n’a pas empêché cette nouvelle culture de résistance de se développer et de s’exprimer dans tous les recoins du pays où les habitant-e-s ne veulent plus vivre sous la férule du dictateur et de son régime tyrannique.

Conclusion

En conclusion, une nouvelle culture de résistance née des révolutions populaires  a pris une place croissante dans les moyens d’expressions et de protestations,  reflétant des sociétés en mouvements et en luttes.  Cette nouvelle culture de résistance est en effet intiment liée aux classes populaires en luttes et à leur revendication pour la liberté et la dignité.

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