SYRIE : « LA CONFÉRENCE DE GENÈVE EST D’ABORD UNE MENACE POUR LES INTÉRÊTS DU PEUPLE RÉVOLUTIONNAIRE »

Vendredi 14 juin 2013

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Entretien. Joseph Daher est membre du Courant de la Gauche révolutionnaire en Syrie et de l’organisation suisse SolidaritéS (pays dans lequel il réside actuellement). Fondateur du blog Syria Freedom Forever et co-fondateur du blog Cafe Thawra, il revient sur les enjeux de ces prochaines semaines pour le peuple syrien.

Le régime d’Assad a annoncé sa participation à la conférence internationale de Genève 2, de même qu’une partie de l’opposition. Que faut-il attendre de celle-ci ?
Cette conférence est d’abord une menace pour les intérêts du peuple révolutionnaire. Elle n’est qu’une répétition de Genève 1 organisée en juin 2012 et une énième tentative des forces impérialistes, États-Unis et Europe d’un côté, et Russie Chine de l’autre, de maintenir la structure du régime, en y incluant des secteurs de l’opposition (Conseil national syrien en tête) non représentatifs du mouvement populaire.
Oui, le sang du peuple a trop coulé, il veut la paix, mais pas n’importe laquelle, et surtout pas une paix décidée par des puissances étrangères en accord avec le régime criminel, ses soutiens fidèles, iranien et russe, et une partie de l’opposition opportuniste, au détriment des intérêts du peuple en lutte !
Genève 2 et autres « solutions » ont pour objectif d’empêcher le changement radical par en bas et d’arrêter le vent de la liberté qui pourrait souffler avec la chute du régime dans les monarchies du Golfe et ouvrir de nouvelles résistances en direction des territoires occupés syriens et palestiniens par Israël. Genève envisage la pire des solutions : le maintien de ce régime criminel.

Le soutien militaire massif du Hezbollah augure-t-il d’une régionalisation du conflit ?
Le soutien militaire du Hezbollah n’est pas nouveau. Mais sa participation aux côtés de l’armée aux crimes quotidiens contre la population a pris aujourd’hui une tournure massive et directe. L’extension régionale du conflit se développe depuis le début du processus révolutionnaire, car le régime utilise ses alliés en Irak, Iran et au Liban.
Parallèlement, des combattants djihadistes se sont infiltrés en Syrie, mais leur nombre reste proportionnellement très bas, pas plus de 10 % du total des combattants. Ces différentes interventions n’enlèvent en rien le caractère populaire et révolutionnaire du mouvement, armé et pacifique.

L’utilisation d’armes chimiques semble rendre difficile une victoire purement militaire. Comment les résistances armées et civiles font face à cette asymétrie de moyens ?
L’utilisation d’armes chimiques contre les révolutionnaires et les populations démontre une fois de plus la sauvagerie du régime et la passivité des grandes puissances qui, malgré leur rhétorique condamnant ces actes, ne fourniront pas de moyens de résister à l’Armée syrienne libre (ASL) qui manque de tout, alors que les forces réactionnaires islamistes sont massivement financées par les pétrodollars de l’Arabie saoudite et du Golfe.
La victoire purement militaire est rendue difficile, du fait de la structure même de l’armée du régime – construite sur des alliances confessionnelles, clientélistes et tribales –, d’un système répressif et totalitaire au sein des forces armées entravant les défections en masse, et du soutien matériel et financier iranien et russe. Au sein du Courant de la Gauche révolutionnaire, nous soutenons la combinaison de la résistance populaire armée et de la résistance « pacifique » ou civile (grèves et autres actions) qui permettra la chute du régime.
L’asymétrie sera néanmoins difficile à surmonter militairement tant que les forces populaires et démocratiques de l’ASL ne seront pas soutenues matériellement et financièrement.

Quels sont les liens entre les coordinations qui mènent la lutte politique civile et la lutte armée ? Y a t-il une situation de double pouvoir territorial compte tenu de l’existence de zones libérées ?
La coordination entre lutte politique civile et lutte armée existe dans les zones libérées et également dans les zones sous contrôle du régime, mais bien sûr plus difficilement. Il y a une situation de double pouvoir dans les zones libérées où les comités au niveau des villages, quartiers, villes et régions sont en charge des services à la population. Les destructions massives dans ces zones, conséquences des bombardements continuels, et la destruction des infrastructures et de tous les aspects de la vie sociale, se sont accompagnées d’une augmentation du nombre des conseils civils et locaux qui tentent de gérer les affaires de la vie quotidienne des citoyens.
Les expériences d’auto-organisation des masses n’ont cessé de se développer. C’est la colonne vertébrale du mouvement et de la résistance populaire.

Y a-t-il une réorganisation sociale ou des éléments indiquant le caractère démocratique et social de la révolution ? Quelle est la portée du slogan « le pouvoir et la richesse au peuple » ?
L’exemple le plus probant est la ville de Raqqa, libérée en mars dernier. Depuis, plus de 42 mouvements sociaux y ont été enregistrés. Des campagnes y ont été menées par des organisations populaires. À plusieurs reprises, ces forces populaires se sont opposées aux forces réactionnaires en place. Les masses populaires ont aussi contesté ces groupes et comportements à Alep, à Mayadin, à Al-Qusayr et dans d’autres villes. Elles font face à des comportements délinquants et au banditisme de groupes armés qui agissent comme des gangs.

Propos recueillis par Lotfi Chawqui

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