Syria Freedom Forever : analyses brèves sur les évènements récents en Egypte, Turquie et Iran

Syria Freedom Forever a décidé de publier une série d’articles sur les derniers évènements en Egypte, Turquie et Iran. Tous ces pays ont une influence sur le processus révolutionnaire syrien et  il est important de comprendre ces dynamiques, tout en adoptant une position internationaliste et radicale, et surtout toujours au côté des peuples en luttes pour les mêmes raisons que le peuple syrien : la démocratie et la justice sociale.

Vive les peuples en lutte!

Egypte: Coup d’Etat ou continuation de la révolution populaire?

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Article publié le 8 juillet 2013

Le 30 juin 2013 constitue une nouvelle étape dans le processus révolutionnaire égyptien débuté le 25 janvier 2011.

Les évènements se bousculent à l’heure où nous écrivons, dont la mort de plus de 50 membres des Frères Musulmans (FM) au Caire, (8 juillet), tombés sous les balles de l’armée… Mais la caractérisation des évènements récents par certains gouvernements et médias occidentaux, et les FM en Egypte, comme un simple coup d’Etat militaire contre le président Morsi élu par les urnes, montre un manque de compréhension profond d’un soulèvement continu pour poursuivre les objectifs de la révolution: démocratie, justice sociale et indépendance nationale.

Ces objectifs n’ont à aucun moment été servis par le gouvernement des FM, et au contraire ils ont été combattus par eux tout au long de leur année au pouvoir.

La thèse du coup d’Etat ignore les plus grandes manifestations de l’histoire du pays – plus de 20 millions de manifestant-e-s dans les rues le 30 juin dernier – et surtout la résistance continue des classes populaires aux politiques anti démocratiques, anti sociales et pro-impérialiste des FM alliés jusqu’ici à l’armée. Entre le 1er janvier et fin mai l’Egypte a connu 5544 mouvements de protestation. Les exigences économiques et sociales, stimulée par les violations des droits des travailleurs-euses et la détérioration des services, ont provoqué les deux tiers de ces manifestations. Plus de 22 millions de signatures (la moitié de la population adulte) ont appuyé la campagne «Rébellion» exigeant le départ du président. Vous avez dit manque de légitimité démocratique?

Logiques libérales ou lecture révolutionnaire

Les logiques institutionnelles d’un régime présidentiel gouvernant de plus en plus par décret, montrent toujours plus leurs limites (démocratiques et sociales) et ne peuvent servir de prétexte à l’abandon des objectifs d’une révolution qui a déjà coûté de nombreux morts au peuple égyptien. La démocratie, que nous défendons s’appuie sur la participation et la résistance active des masses populaires dans les rues et lieux de travail, et non sur des élections qui autoriseraient un président et ses ministres à combattre les aspirations populaires. L’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 24 juin 1793 n’affirme-t-il pas : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs » ?

En Egypte, on a vu se mettre en marche un processus démocratique par en bas rassemblant des dizaines de millions d’habitant-e-s pour renverser un dirigeant et un parti au pouvoir, qui ont tourné le dos aux objectifs de la révolution et les ont au contraire combattus. Et si l’armée a pris les devants, c’est pour éviter de perdre la main et tenter de garantir la pérennité d’un ordre favorable aux privilèges de la bourgeoisie égyptienne et de ses maîtres impérialistes états-uniens.

Le salut par l’armée?

L’intervention de l’armée ne doit pas faire illusion sur son prétendu rôle de «sauveur» de la révolution, comme le pense à tort Samir Amin ou le courant Front du salut national (FSN) rassemblant principalement des libéraux et des nationalistes. L’armée est l’ennemie déclarée des classes populaires et de la réalisation des objectifs de la révolution. Son coup de force actuel rappelle celui du 11 février 2011, lorsqu’elle a poussé Moubarak dehors par peur d’un approfondissement de la révolution portée par des mobilisations populaires massives et une généralisation des grèves.

Si l’armée était restée passive, le processus révolutionnaire se serait probablement radicalisé et transformé en menace pour l’Etat capitaliste tout entier, y compris pour le pouvoir économique et politique des militaires. Si l’alliance temporaire entre les FM et l’armée a pris fin le 30 juin, c’est que le mandat donné aux islamistes de mettre un terme au processus révolutionnaire par des mesures anti-démocratiques et antisociales, actions qui n’ont jamais fait l’objet de condamnations par ceux qui aujourd’hui crient aux coup d’Etat,  s’est révélé un échec face à la résistance des classes populaires égyptiennes.

L’armée va sans doute donner bientôt mandat aux libéraux, sous la férule de Baradei – l’un des principaux chantres du rôle positif des militaires – de tenter de chevaucher le tigre révolutionnaire et de «rétablir l’ordre». Il faut donc que les forces progressistes et révolutionnaires soient vigilantes et dénoncent toute atteinte aux droits démocratiques fondamentaux à l’égard de quiconque. Ainsi, malgré le caractère réactionnaire des FM, nous condamnons les meurtres commis à leur encontre par l’armée, l’arrestation de leurs membres et la fermeture arbitraire de leurs chaînes de télévision.

La révolution continue

Ceux qui croient que «le peuple et l’armée sont un» seront vite démentis, tout comme ceux qui ont fait confiance aux FM pour poursuivre la révolution après les élections présidentielles de juin 2012.

La gauche radicale s’opposera aux libéraux et aux nationalistes qui s’allient avec l’armée, comme elle a combattu les politiques rétrogrades des FM aux côtés du peuple, lorsqu’ils s’alliaient avec elle. Il est naïf de croire que le peuple égyptien acceptera une nouvelle dictature, civile ou militaire. Prenons exemple sur un mouvement populaire qui a réussi à renverser deux présidents en trente mois avant de lui donner des leçons…

Comme le déclarait un syndicaliste égyptien commentant la chute de Morsi: «Ceux et celles qui ont goûté la liberté ne seront pas des esclaves à nouveau. La révolution continuera jusqu’à la réalisation de ses objectifs, quelle que soit la personne qui occupe le palais présidentiel. Nous n’abandonnerons pas la révolution et ne céderons jamais!»

 

Turquie: une alternative populaire et radicale possible?

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Article publié le vendredi 28 juin 2013

Depuis maintenant plusieurs semaines, des mobilisations populaires contre le gouvernement AKP (Parti de la justice et du développement) de Recep Tayyip Erdogan secouent la Turquie. La décision de détruire le parc Gezi au profit d’un centre commercial et la répression violente des forces de l’ordre contre des activistes écologistes ont été l’étincelle du déclenchement du soulèvement populaire. Mais comme on l’écrivait en novembre, les frustrations en Turquie sont bien plus profondes ( voir cet article http://www.lecourrier.ch/103490/le_modele_turc_et_les_revolutions_arabes).

L’autoritarisme et le néolibéralisme sauvage du gouvernement Erdogan est au centre des protestations et des frustrations populaires. Ce dernier a tenté par tous les moyens –médiatiques et répressifs– de délégitimer et mettre un terme aux mobilisations de rue. Les manifestants ont été désignés par le Premier ministre –et la presse à sa botte– comme des terroristes, ennemis de l’Islam, «putschistes» laïcistes au service des forces étrangères jalouses des progrès économiques de la Turquie. En même temps, le gouvernement faisait pression sur les médias pour taire des informations sur les protestations et la répression violente des forces de l’ordre.

Dans les faits, plus de 600 personnes ont été arrêtées, y compris des médecins qui soignaient des manifestants blessés. L’Association médicale turque rapportait, au soir du 17 juin, que 7822 manifestants avaient été blessés en divers lieux et quatre personnes tuées. Le gouvernement a également menacé de faire usage de l’armée, ancienne ennemie irréductible de l’AKP, contre les manifestants.

Ces attaques généralisées n’ont cependant pas réussi à ébranler la détermination des manifestants à poursuivre leurs actions de protestation. Des rassemblements de solidarité ont eu lieu à travers le pays en soutien à la dynamique populaire du parc Gezi. L’appel des autorités d’Istanbul aux parents à retirer leurs enfants de Gezi s’est soldé par l’arrivée sur place de plus d’une centaine de mères d’occupants, scandant «les mères sont fières de la jeunesse».

Le délogement brutal des manifestants de la place Taksim par des unités antiémeutes, à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau, n’a pas davantage mis fin à l’énergie des manifestants. Le slogan «partout est Taksim, la résistance est partout» a été repris dans tout le pays, et les expériences de démocratie participative entamées au parc Gezi se sont multipliées dans de nombreux quartiers de différentes villes, sous la forme de forums et de rassemblements populaires.

Impliquant principalement, à l’origine, des militants de gauche, écologistes, et des artistes, les mobilisations se sont rapidement élargies à d’autres secteurs de la société. Des milliers de jeunes activistes qui, pour beaucoup, prenaient part à une activité politique pour la toute première fois, sont descendus dans les rues, pris de colère.

Le principal parti d’opposition (CHP, Parti républicain du peuple, laïc kémaliste) et quelques groupes de droite nationalistes qui soutiennent l’armée ont, eux aussi, rejoint les cortèges. Mais leur influence a été limitée depuis le début des mobilisations.

Au niveau international, les critiques affichées par certains pays occidentaux à l’encontre du gouvernement AKP dans sa gestion des évènements témoignent à nouveau de leur hypocrisie envers un acteur qui, fut un temps, a été vanté par les mêmes comme un modèle démocratique et néolibéral à suivre pour les autres pays à majorité musulmane, et continue à agir comme un allié indéfectible de l’OTAN.

Dans le même temps, certains médias occidentaux et orientaux tentaient de limiter les évènements en Turquie à un conflit entre laïcs et croyants. Une image bien loin de la réalité. Sans nier que cette question, légitime, traverse les revendications de certains groupes de manifestants, c’est véritablement l’autoritarisme et le capitalisme sauvage de l’AKP qui est la cible des mobilisations populaires.

L’espoir, en effet, de construire et voir se développer une alternative politique radicale, qui combine démocratie, justice sociale et reconnaissance des droits des peuples, sur la base d’une jeunesse nouvellement politisée, est grand. Cette alternative s’oppose tant aux politiques néolibérales, antiféministes et autoritaires de l’AKP qu’aux discours des nationalistes hostiles aux peuples de Turquie, particulièrement au sujet des droits du peuple kurde et de son négationnisme sur le génocide arménien, tout en maintenant une position en faveur d’un rôle politique accru de l’armée.

Le vrai changement en Turquie passera par l’unité des classes populaires des différents peuples du pays, face aux tentatives de division de l’AKP et des nationalistes. Comme une pancarte d’un manifestant le disait: «Avez-vous compris pourquoi ils nous divisent entre Sunnites et Alevis, entre Turcs et Kurdes? C’est parce que nous sommes cela (en référence aux rassemblements de masse et au mouvement populaire) lorsque nous sommes unis». Une opportunité à saisir pour la gauche radicale…

 

Elections Iraniennes : une victoire pour qui ?

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Article publié le 25 juin 2013

La victoire du candidat dit modéré, Hassan Rohani, par 50,6% des voix, au premier tour des élections présidentielles de la République islamique d’Iran est apparue comme un camouflet cinglant au guide Ali Khamenei. Ce dernier est le réel détenteur du pouvoir avec son bureau et les Gardiens de la Révolutions, qui contrôle en effet près de 40 % de l’économie iranienne. Ces trois acteurs contrôlent notamment la politique étrangère, le dossier nucléaire et la redistribution des ressources.

Des foules d’Iraniens et d’Iraniennes ont fêté dans les rues de plusieurs villes à travers le pays la victoire de Rohani, mais ils ont surtout crié leur revanche sur les élections frauduleuses de 2009 qui avait permis la réélection d’Ahmadinejad. La population a voté pour le candidat le moins fondamentaliste en apparence, mais cette élection appelle-t-elle pour autant une nouvelle ère d’ouverture et de luttes pour les classes populaires iraniennes ? On peut en douter.

Présenté comme « modéré », Rohani a été de 1982 à 1988 un membre influent du Conseil suprême de défense puis Secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, l’un des principaux organes répressifs du régime. Il a été également le négociateur en chef du dossier nucléaire sous la présidence de Khatami entre 2003 et 2005. Membre du Conseil des experts, l’une des plus hautes instances du pays, Rohani est un homme du sérail, garant des institutions dictatoriales de la République islamique. En 2009, il n’a pas dit un mot en faveur des protestations populaires et n’a pas dénoncé la répression terrible du régime.

Dés pipés d’avance ?

Il est également nécessaire de rappeler que les élections en Iran sont loin d’être démocratiques. Selon la constitution iranienne, « le président doit être élu parmi les hommes versés dans la religion et la politique et possédant les qualifications suivantes: Iranien d’origine, nationalité iranienne, capacité à diriger, avisé, justifiant d’un passé sans tache, honnête et pieux, croyant et adhérent aux fondements de la Républiques islamique d’Iran ainsi qu’à la religion officielle du pays.» Parmi les 800 candidatures présentées, le régime en a retenu seulement 8. Les candidatures de Rahim Mashaie, dauphin d’Ahmadinejad, et de Rafsandjani, l’un des hommes clés de la République islamique, ont été refusées. La victoire de Rohani a également été facilitée par la division du camp fondamentaliste, qui avait six candidats, et le ralliement du camp dit réformateur.

L’objectif principal du régime, du Guide et des Gardiens de la Révolution, était d’éviter un nouveau soulèvement populaire similaire à celui de 2009 et de canaliser les frustrations du peuple à travers un candidat loyal au régime.

La volonté exprimée par Rohani de diminuer les tensions avec l’Occident pour régler la question du nucléaire et trouver une solution qui permettrait un allègement des sanctions commerciales et économiques, tout en écartant les risques d’une intervention israéliennes sur les sites nucléaires convient parfaitement au Guide et aux Gardiens de la Révolution. Après huit années de fortes tensions, ces derniers entendent en effet apaiser les relations avec l’Occident.

De même au niveau interne, le régime désire se servir de Rohani pour désamorcer les frustrations sociales et économiques des classes populaires.  Le chômage des jeunes a dépassé les 60%, et l’inflation a atteint les 40% ces derniers mois, tandis que les politiques néolibérales du régime se poursuivent incluant leur lot de privatisations des services publics et baisse ou suppressions de subventions. Les licenciements massifs ont augmenté les résistances sociales et les grèves, toujours plus importantes et nombreuses, malgré une répression féroce.  La politique étrangère iranienne a également été source d’oppositions au sein de la population qui a dénoncé à plusieurs reprises, à travers des manifestations populaires spontanées, les interventions aux côtés de la dictature syrienne.

La crise du régime n’a cessé de se développer, renforcée aussi par le détournement de la rente pétrolière et les divisions au sommet de la République islamique, notamment entre l’ancien président et Khamenei.

Les élections ne permettront pas de satisfaire les besoins de justice sociale et de liberté des couches populaires iraniennes ; seul un soulèvement populaire pourra renverser le régime réactionnaire et bourgeois de la République Islamique d’Iran.

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