La victoire des anciens régimes est le plus grand danger

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 Version courte publiée dans le journal le Courrier (http://www.lecourrier.ch/113088/la_victoire_des_anciens_regimes_est_le_plus_grand_danger) MERCREDI 21 AOûT 2013

Les derniers évènements en Egypte, Tunisie et Syrie ont précipité encore davantage la région dans des oppositions dichotomiques telles que: anciens régimes versus islamistes, ou encore l’opposition favorite des médias occidentaux: laïcs ( qui le souvent pas du tout comme l’armée égyptienne et le régime syrien) vs islamistes. Cette dernière division n’a d’ailleurs aucune base de classe et n’aide pas à comprendre les dynamiques de la région, au plus grand déplaisir des orientalistes de tout genre.

Dans la continuité de ma chronique du 31 mai (https://syriafreedomforever.wordpress.com/2013/06/02/il-ny-a-pas-de-revolutions-pures-mais-juste-des-revolutions/ ), la nécessité de la troisième voie et de la construire est plus que d’actualité. Une troisième voie qui ne peut être que révolutionnaire, c’est-à-dire basée sur les idées fondamentales de ces révolutions de démocratie et justice sociale ou elle n’existera tout simplement pas. 

Cette alternative se place en opposition totale avec les tendances qui défendent la répression terrible et les tueries dont sont victimes les manifestants des Frères musulmans (FM) par les militaires en Egypte. Les massacres, arrestations arbitraires et autres crimes contre des civils pour la simple appartenance à un mouvement politique ne peuvent d’aucune façon être justifiés. C’est cette même armée, à laquelle les FM s’étaient alliés lorsqu’ils étaient au pouvoir et même avant, qui a commis de nombreuses tueries et massacres depuis la chute de Moubarak contre des civils et autres forces politiques. La défense des droits démocratiques et sociaux concerne tout le monde, y compris les FM. Il est nécessaire de défendre et d’être en solidarité avec les membres des FM qui souffrent d’une répression terrible de la part de l’armée.  Cette dernière a d’ailleurs déjà commencé à s’attaquer à des journalistes et opposants d’autres tendances politiques et notamment de la gauche.

De même cette troisième voie s’oppose aux tendances qui négligent ou cachent le caractère réactionnaire des FM, en relativisant les politiques répressives, néo-libérales, sectaires et conservatrices menées par ceux-ci pendant leur année au pouvoir et auparavant. Ces discours vont jusqu’à couvrir les attaques des FM contres les églises et autres symboles coptes. Pour rappel, plus de soixante églises et autres institutions coptes ont été attaquées à la suite du renversement de Morsi par des partisans de ce dernier pour le «venger». Les FM ont en effet attisé le communautarisme et l’aversion envers la communauté chrétienne, rien de nouveau, en caractérisant tous leurs adversaires comme des chrétiens et des sionistes, plutôt que de «bons» musulmans égyptiens. Nous ne nions pas que certaines attaques contre des églises aient pu être l’œuvre de l’armée, qui a d’ailleurs refusé de les défendre poussant des comités populaires, rassemblement des chrétiens et musulmans, à les protéger ensemble, mais la quasi-totalité provenait des membres des FM qui ont d’ailleurs encouragé les ressentiments communautaires dans le pays contre les coptes.

Ces deux forces sont des acteurs de la contre-révolution, il n’y a aucun doute la dessus, mais il nous faut préciser également que l’armée en Egypte est bien plus puissant que les FM que ce soit militairement, économiquement et politiquement. Le plus grand danger est le retour ou la victoire de l’ancien régime, c’est-à-dire des militaires. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un hasard si l’Arabie saoudite, centre de la contre-révolution, a soutenu le coup d’Etat et la répression, assurant l’armée de son soutien financier en cas de sanctions par la communauté internationale.

De même qu’en Syrie les djihadistes sont une partie de la contre-révolution par leur communautarisme et leur idéologie réactionnaire à tous les niveaux, mais leurs forces matérielles (politiques, militaires et économiques) ne peuvent être comparées au régime syrien, le plus grand ennemi de la révolution démocratique et sociale. Le massacre à l’armée chimique dans l’Est de Damas dans la région de Ghouta, qui aurait causé la mort de plus de 1000 civils, dont de nombreux enfants et femmes, n’est qu’un autre exemple parmi d’autres du caractère criminel et fasciste de ce régime. Nous répétons à nouveau que la pire des solutions serait que que la structure du régime soit maintenue comme proposée par la Communauté Internationale à plusieurs reprises, que ce soit par les alliés du régime (Russie et Iran) ou ses soi disants ennemis (Etats Unis et Union Européenne). Une solution maintes fois refusée par le peuple syrien en lutte pour la dignité et la liberté. Comme énoncé dans la déclaration du Courant de la Gauche Révolutionnaire en Syrie pour dénoncer les crimes à l’arme chimique par le régime: “Notre révolution n’a pas d’allié sincère, à l’exception des révolutions des peuples de la région et du monde et des militants qui œuvrent à se libérer des régimes obscurantistes, oppresseurs et exploiteurs.”

En Syrie, la troisième voie – opposée tant au régime qu’aux djihadistes – se développe rapidement. A l’instar de nombreux Syrien-nes, ils ne veulent pas renverser une dictature pour la voir être remplacée par une autre. Nous voulons l’édification d’un Syrie démocratique, sociale et réellement indépendante.

Les djihadistes ont d’ailleurs été longtemps couverts par l’opposition bourgeoise et opportuniste de la Coalition nationale syrienne, dominée par les FM et les libéraux, soutenue par l’Occident et les pays du golfe.

En Tunisie, en revanche, les pressions pour un large front soit disant démocratique rassemblant le Front populaire et Nidaa Tunis se matérialisent toujours davantage, prenant la forme aujourd’hui du Front du salut national. Mais des pourparlers secrets auraient lieu entre ces derniers et le gouvernement de la Troïka dirigé par le mouvement islamiste de Ennahdha.

En Egypte, les révolutionnaires sont parvenus à organiser quelques manifestations condamnant à la fois la répression de l’armée et les attaques sectaires des FM contre les coptes.

Cette troisième voie ne divise pas les groupes ou personnes entre laïcs et religieux, mais entre ceux et celles qui veulent poursuivre la révolution et accomplir ses objectifs, la démocratie et la justice sociale, et ceux et celles qui s’y opposent.

La construction de la troisième voie n’est pas un espoir rêveur ou utopique, elle existe déjà, mais elle est surtout une nécessité politique pour permettre la continuation de la révolution et la réalisation de ses objectifs.

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