Syrie, une deuxième révolution contre les jihadistes de l’EIIL

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Traduction de la banderole :” Assad ne sera pas renversé sans le renversement ( ou bien la chute) de Da3ech (EIIL)”

La frustration contre les groups jihadistes, et particulièrement du groupe de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL), couvait depuis un moment dans les territoires libérés du régime Assad. Des manifestations et oppositions avaient eu lieu dans différentes régions depuis des mois, même avant l’été 2013 dans des villes comme Raqqa libéré depuis  mars des troupes des régimes de Assad, mais toujours soumis à des bombardements de ce dernier.  

Ces groupes jihadistes, dont le nombre de membre s’élevait à environ 10 000 et était composé à moitié ou plus d’étrangers, avaient surtout pu s’implanter dans les régions du nord de la Syrie libéré des troupes d’Assad par la résistance populaire et militaires de l’Armée Syrienne Libre (ASL), et non des jihadistes.

L’armée du régime Assad, dont les relations avec les groupes jihadistes remontent à l’invasion américaine de l’Iraq  en 2003 où le régime les encourageaient  et coordonnaient avec ces réseaux l’envoi de nombreux terroristes en Iraq,  ne visait d’ailleurs pas  ces groupes dans ses opérations militaires ou bombardements, mais plutôt les composantes démocratiques de l’opposition civile et armée. Une stratégie employée par le régime Assad depuis le début du soulèvement populaire en Syrie : visé les composantes démocratiques et civiles de la révolution tout en laissant se développer les composantes extrémistes et islamistes dans le pays, le régime a d’ailleurs libéré dans les premiers mois du soulèvement des milliers d’islamistes des prisons. Les principaux dirigeants du Front islamique, un rassemblement de groupe islamistes armée, sont d’ailleurs sortis à ce moment la de prison.  Une autre facette machiavélique du régime autoritaire des Assad soi disant présenté comme laïc par certains qui visent les démocrates de la révolution tandis qu’il laisse développer les groupes islamistes de l’autre. La soi disante laicité du régime syrien prends également un coup lorsqu’on sait que de nombreux groupes sectaires chiites, dont le Hezbollah, combattent aux côtés des l’armée d’Assad, en faisant souvent référence à des slogans communautaires.

Les politiques réactionnaires et autoritaires des groupes jihadistes, en plus de leurs attaques, assassinats et emprisonnements, sur les groupes révolutionnaires s’opposant à Assad ont nourri la colère des populations des territoires libérées pendant des mois pour exploser le 3 janvier 2014. L’EIIL avait par exemple attaqué la semaine précédente le centre des médias, arrêtant au passage le directeur libéré depuis, de la ville de Kafranbel dans la région d’Idlib, célèbre pour ses confections des banderoles très imaginatives. La dernier crime de l’EIIL qui allait mettre le feu au poudre fut l’assassinat de Hussein al-Sleiman après l’avoir torturé, un médecin d’Alep également connue sous le nom de Abou Rayan.

Des manifestations généralisées se sont développées à travers de nombreuses régions dans lesquelles les jihadistes avaient une présence, les slogans « Assad et Da3ech (nom en arabe de l’EIIL) sont un », « le peuple veut la chute de Da3ech » ou bien « Da3ech, dehors » étaient chantés partout, les sièges de l’EIIL étaient attaqués par l’ASL et certaines composantes islamistes aussi, tandis que des commandants de l’EIIL étaient arrêtés par ces derniers. Dans de nombreux quartiers de la ville d’Alep et de sa campagne, de me que dans la région d’Idlib, les populations se sont soulevés et ont crié leur rage contre les exactions et l’autoritarisme de l’EIIL. Les dessins décrivant l’EIIL et Assad comme des maux similaires et comme un même monstre se multipliaient partout.

Les membres de l’EIIL ont du quitté de nombreux villages et quartiers à la suite d’ultimatums lancés par la population et groupes armés locaux de l’ASL. De même de nombreux révolutionnaires civils et membres de l’ASL ont pu être libérés des prisons de l’EIIL, mais certains n’ont pas eu cette chance car les jihadistes avaient parfois assassiné certains prisonniers avant de quitter leurs positions.  À Alep par exemple, les rebelles de différentes brigades islamistes et de l’ASL qui ont délogé l’EIIL le mercredi 7 et jeudi 8 janvier de toutes ses bases, notamment l’ex-hôpital pour enfants, qui était devenu le quartier général de l’EIIL dans la ville, et une de ses « plus importantes prisons. Des dizaines de détenus auraient été libérés, mais de nombreux autres ont été exécutés. Selon l’OSDH (Observatoire Syrien des Droits de l’Homme), « 42 corps dont ceux d’au moins cinq militants et de 21 combattants de différentes brigades rebelles (…) exécutés par l’EIIL (…) ont été découverts sur les lieux.

Les mobilisations populaires contre l’EIIL ont continué durant toute la semaine. Dans un quartier d’Alep des slogans utilisés jusqu’à aujourd’hui contre le régime Assad  étaient brandi contre les jihadistes, comme  « notre révolution est contre tout oppresseur » ou «  le peuple syrien ne se soumettra pas ».  Dans le quartier de Bustan Qasr, une manifestation a eu lieu pour célébrer la mémoire des martyrs assassinés par l’EIIL et on pouvoir entendre des slogans tel que « liberté » chantés en Kurde et en Arabe, «  La Syrie libre ! EIIL dehors ». Dans la ville de Raqqa, une manifestation a également eu lieu contre l’EIIL, tandis que ce dernier était bouté dehors de la ville par différentes brigades islamistes et de l’ASL.

Le Front al-Nusra, également lié à Al Qaida a appelé à un cessez-le-feu entre les différents groupes armées de l’ASL et islamistes s’opposant à l’EIIL pour se concentrer sur la lutte contre Bachar el-Assad. Le Front al-Nusra a adopté, une attitude de neutralité dans les affrontements en cours – à l’exception de Raqqa, où ses membres combattent l’EIIL.

Le mardi 7 janvier, le cheikh de l’EIIL, Abou Mohammed al-Adnani, appelait ses troupes à anéantir les rebelles contre lesquels il se battait.

Des nombreux appels ont déjà eu lieu pour nommer le prochain vendredi, (10 Janvier 2014), jour traditionnel des manifestations, le vendredi contre Assad et Al Qaeda.

Les jihadistes étaient encore boutés d’autres régions à l’heure ou nous écrivions. Il est intéressant de signaler que plusieurs localités qui avaient été libérés des jihadistes de l’EIIL par les brigades de l’ASL et autres furent la cible après des bombardements du régime syrien.

L’EIIL et le régime Assad sont les deux faces d’une même médaille: la contre révolution.

Pour ceux et celles qui ne voyaient que l’influence islamiste  dans la révolution syrienne ou bien même comme complètement prédominante, ils et elles peuvent revoir leurs calculs et analyses, comme nous n’avons cessé de le répéter, le soulèvement populaire syrien s’inscrit dans les dynamiques des autres soulèvements et des peuples en luttes pour la démocratie et la justice sociale. Une troisième force, s’opposant à la fois à la tyrannie du régime Assad et des groupes islamistes, ne cesse de grandir et de se développer malgré le blackout médiatique autour de ces groupes, et même par certains milieux se disant de gauche, qui préfèrent rester dans des dichotomies laïcs vs islamistes ou analyses géopolitiques leur empêchant de comprendre les dynamiques révolutionnaires et de changement radical par en bas.

Une banderole confectionnée par des révolutionnaires de la ville de Kafranbel résume bien l’esprit de la révolution syrienne « les ennemis sont multiples… la révolution est une… et continue ».  Oui la révolution continue, et malgré les difficultés et dangers multiples, le peuple syrien continue son chemin vers la liberté et la dignité balayant tous les oppresseurs…

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