Yarmouk, écrasé de tous les côtés

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Au début du mois d’avril, la quasi totalité du camp de réfugiés de Yarmouk, à Damas en Syrie, a été envahi par les forces de l’Etat Islamique (EI), après plusieurs semaines d’opérations militaires pour envahir le camp, avec la collaboration de Jabhat al Nusra (filiale d’Al Qaeda en Syrie), et la déclaration de neutralité du mouvement salafiste de Ahrar Sham, une brigade militaire importante.

Des forces militaires proche de l’Armée Syrienne Libre, indépendantes du régime et des forces fondamentalistes réactionnaires, composés de combattants palestiniens et syriens, à l’intérieur du camp ont bien tenté de résister militairement face aux assauts de l’EI, mais sans succès.

Environ 5000 palestiniens ont fui Yarmouk après les avancées de l’EI vers des régions du sud du camp comme Tadamon, Babilaa, Yalda et Beit Sahem. Ces familles manquent de tout malgré l’aide apportée par l’association Jafra, une organisation populaire d’assistance humanitaire pro révolution, qui a distribué des vivres et des tentes aux familles de réfugiés.

L’attention médiatique autour de l’invasion militaire de l’EI du camp de Yarmouk ne doit pas nous faire oublier qu’avant cela les habitant-es avaient subi les exactions et répression de Jabhat al Nusra, mais surtout du blocus militaire meurtrier continu imposé par le régime d’Assad et ses supplétifs dans le camp, en particulier le Front populaire de libération populaire- commandement général (FPLP-CG), commandé par Ahmad Jibril (1).

Yarmouk, qui comptait plus de 250 000 personnes avant le début de la révolution, environ 150 000 descendants de réfugiés palestiniens de la Nakba de 1948, mais aussi de Syriens et iraquiens, a été privé depuis l’été 2013 d’eau potables, d’électricité, de nourriture, etc… Les civils restant dans le camp étaient aussi interdit d’y sortir. Plus de 200 palestiniens sont d’ailleurs morts de faims à cause de ce blocus.

D’ailleurs durant les opérations militaires de l’EI pour prendre le contrôle de Yarmouk, le régime Assad a bombardé les populations civiles du camp. Au déclenchement des premières manifestations en mars 2011, la conseillère du dictateur Assad, Bouthaina Shaaban n’avait d’ailleurs pas hésité à lancer des accusations contre les palestiniens du camp de réfugiés d’Al Ramel d’avoir attaqué des magasins dans Lattaquié dans le but de déclencher une guerre civil. Plus de 2500 Palestiniens, dont 1000 du camp de Yarmouk, ont été tués par les forces de sécurité du régime pour leur implication dans la révolution syrienne.

Le nombre de personnes qui reste dans le camp est très difficile à estimer, mais ne dépasserait pas les 15 000.

Une manifestation a été organisée le 26 avril par les habitant-es restants sous le slogan  « Nous sommes ici pour rester … à Yarmouk » en réponse à l’ambassadeur du régime syrien Jaafari qui avait déclaré que le camp était quasiment vide, ne restant que 1000 personnes. Ils demandent le passage sans entrave à toutes les zones du camp pour le personnel humanitaire, leurs équipement et des transports ainsi que l’évacuation en toute sécurité et sans entrave de tous les civils qui souhaitent quitter le camp”.

La raison de la répression brutale du régime Assad contre les Palestiniens de Yarmouk, et ailleurs également, est surtout le résultat de la participation d’un grand nombre de la jeunesse palestinienne aux côtés du mouvement populaire syrien pour la liberté et la dignité. Ces jeunes, avant d’établir leur propre coordination populaire, participaient aux mobilisations dans les quartiers et régions avoisinantes au camp. Ensuite le camp a servi de centre de refuges et d’aides aux populations syriennes qui ont souffert des bombardements du régime Assad et aux activistes fuyant la répression des forces de sécurité. Des slogans tels que « Syriens et Palestiniens sont un et uni » ou « la liberté un destin commun pour Gaza, Yarmouk et le Golan » pouvaient s’entendre dans le camp et ailleurs en Syrie. Les activistes à l’intérieur de camp ont ensuite subi la répression du régime d’abord et ensuite des organisations islamiques fondamentalistes.

Des messages et campagnes de solidarités ont été organisés par les révolutionnaires syriens dans les territoires libérés, avec notamment des slogans tel que « tes blessures sont nos blessures mon frère ». Des campagnes de solidarités avec Yarmouk et la Palestine ont été organisés par les révolutionnaires syriens dans les territoires libérés à plusieurs reprises depuis le début de la révolution, notamment en novembre 2012 et été 2014 lorsque les forces d’occupation israéliennes ont bombardé Gaza.

Cette situation démontre que la libération de la Palestine et de ses classes populaires est liée à la libération et à l’émancipation des classes populaires de la région contre leurs classes dirigeantes ainsi que des différents impérialismes, en particulier des Etats-Unis et de la Russie, et les forces sous-impérialistes telles que l’Iran, l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Qatar. En l’occurrence le régime syrien a une longue histoire de répression du mouvement national palestinien. Dans cette logique similaire, nous devons nous battre contre toutes les tentatives de division des classes populaires par les régimes et les forces islamistes réactionnaires sur la base de genre, appartenance religieuse, nationalité, etc…qui essayent de dominer ces populations et donc d’empêcher leur libération et leur émancipation et donc de celles des classes populaires de Palestine.

Il faut apporter une solidarité et un soutien total aux populations du camp de Yarmouk, comme à la population syrienne, face à la terreur de l’EI, de Jabhat al Nusra et des autres forces fondamentalistes islamiques d’un côté et du régime criminel des Assad et des ses alliés de l’autre.

Ces forces contre révolutionnaires sont toutes des ennemis des classes populaires syriennes et palestiniennes et pour la réalisation des objectifs de la révolution: démocratie, justice sociale, et égalité.

Joseph Daher

Une version courte de cet article sera publiée dans le journal le Courrier le 1er mai 2015

Voir témoignages des jeunes activistes palestiniens de Yarmouk effectués par l’auteur: https://syriafreedomforever.wordpress.com/2014/11/21/voix-de-yarmouk-syrie-et-palestine-une-lutte-commune-trois-entretiens-realises-avec-des-palestiniens-du-camp-de-refugies-de-yarmouk-syrie-octobre-2014/

(1) : Cette organisation a été créée, en 1968, suite à la scission du FPLP d’un groupe guidé par Ahmad Jibril, ex-militaire de l’armée syrienne. Le FPLP-CG est historiquement un allié du régime syrien.

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