La “révolution continue” scandent les révolutionnaires syriens

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Le vendredi 4 Mars 2016 des manifestations populaires massives ont eu lieu à travers les zones libérées de la Syrie sous le slogan “La révolution continue”. Plus de 100 manifestations ont été enregistrées ce jour-là.

Dans ces mobilisations populaires, les manifestant-es scandaient les slogans et chants originaux de la révolution: “Le peuple syrien est un et uni ” ; “la mort plutôt que l’humiliation”, “Le peuple veut la chute du régime”, “Le peuple syrien veut la liberté”,  “Révolution pour la dignité et la liberté “, etc ….(I)

L’esprit du début de la révolution était reflété par les slogans démocratiques et non confessionnels, et comme un manifestant avait écrit sur une pancarte: “les portes de la révolution pacifique s’ouvrent à nouveau”. Le drapeau révolutionnaire syrien était brandit partout dans les manifestations. Il est intéressant de noter que les forces militaires salafistes djihadistes et leurs symboles étaient absents de ces manifestations populaires, tandis que les soldats Jabhat Al-Nusra ont organisé une petite manifestation contre la mobilisation populaire massive dans la ville Ma’aret al-Naaman, Idlib, et scandaient des slogans contre la démocratie et la laïcité, et pour un Etat islamique.

Durant la semaine, des manifestations contre le régime Assad avaient également été organisées à Alep, la campagne de Damas (Daraya et Dhumair), Da’el et la campagne de Quneitra. Comme le disait un manifestant dans la ville assiégée de Daraya, “Bien sûr, nous allons saisir cette occasion pour manifester parce que le reste du temps, il y avait des barils de TNT et des bombardements constant”. Dans les quartiers libres d’Alep assiégés, des manifestations de masse ont éclaté le deuxième jour de la trêve, sous le slogan principal: “Le peuple veut la chute du régime”. Une autre manifestation a eu lieu dans la campagne d’Alep, Al-Atareb, le 27 Février, qui exigeait l’unification des factions militaires de l’opposition sous la bannière de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Les manifestants ont aussi exprimé leur solidarité avec les villages et quartiers qui sont encore bombardés malgré la trêve, tout en appelant Jabhat Al Nusra (Al Qaeda en Syrie) à quitter leur ville et en dénonçant leur idéologie. Les activistes et civils de la ville d’Al-Atareb déclaraient d’ailleurs au cours de la préparation de la grande manifestation du vendredi leur volonté de faire revivre la révolution syrienne pacifique qui a pour objectif selon eux la liberté, la justice et la dignité. Des sentiments et déclarations similaires ont été exprimées à travers le pays, tous déclarant leur volonté d’encourager les manifestations pacifiques comme un moyen de revenir à l’esprit de la révolution.

Ces mobilisations massives surviennent une semaine après un cessez-le feu négocié par les Etats-Unis et la Russie qui a ralenti le rythme des hostilités mais pas complètement. Les forces du régime Assad et ses alliés ont continué à bombarder et attaquer certaines zones tenues par l’opposition, dans lesquelles le groupe de l’Etat Islamique (EI) et Jabhat Al-Nusra, qui ne sont pas inclus dans la trêve, ne sont pas présents. La ville assiégée de Daraya a par exemple subi des bombardements de l’aviation du régime au début de la semaine passée. Des activistes de la périphérie de Latakia et de la province voisine d’Idlib se sont également plaints au cours de la semaine que le cessez-le feu ne protégeait pas les civils. Les bombardements ont certes diminué de manière absolue, mais les affrontements militaires et les bombardements se sont poursuivis sans relâche par exemple dans les régions de la périphérie de Latakia, Jabal al-turkman et Jabal al-Akrad, aux mains de l’opposition des groupes de l’ASL. Les forces du régime continuent une offensive militaire débutée il y a plusieurs mois pour pousser dehors les forces de l’opposition de ces régions.

Le régime Assad a également capturé au début de la semaine passée des nouveaux territoires agricoles dans la banlieue de Damas, dans la région oriental de la Ghouta, malgré le cessez-le feu en cours. Le lundi 29 février, les forces du régime ont progressé dans la région d’al-Marj, composé de 28 villages, à 14 km à l’est du centre de Damas. Ils ont pris le contrôle du Centre agricole, une école de commerce que les rebelles avaient transformé en une base militaire, avec al-Fadaiya, un village qui autrefois accueillait les stations de radiodiffusion de télévision par satellite dans le centre d’al-Marj.

Parallèlement, au moins 18 rebelles ont été tués le 2 mars dans un attentat à la voiture piégée contre leur position dans un village du sud de la Syrie, a affirmé l’ l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme. “Dix-huit membres du Front des révolutionnaires de Syrie (FRS), dont quatre de leurs dirigeants, ont été tués par l’explosion d’une voiture piégée qui a visé leur position dans le village d’al-Achi, dans la province de Quneitra”. Le groupe de l’EI est soupçonné d’être derrière cette attentat.

Depuis le 30 septembre, les frappes aériennes russes ont fait 4 408 morts, dont 1 733 civils, parmi lesquels 429 enfants et 250 femmes”, a indiqué l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme. Plus de 60 % des victimes sont des combattants, dont 1 492 rebelles et djihadistes de Jabhat Al Nusra, et 1 183 membres du groupe EI.

Dans la province de Raqqa, des combats opposent depuis le weekend du 27 février les milices du YPG (branche militaire du PYD) aux djihadistes de l’EI, qui ont attaqué la ville de Tel-Abyad, sur la frontière turque. Redur Xelil, un des responsables YPG, a déclaré mercredi 2 mars que 43 des leurs avaient été tués de même que 140 djihadistes de l’EI. Il a également fait état de la mort de 23 civils.

En même temps, des affrontements militaires entre des forces de l’ASL et islamistes (mais non salafistes djihadistes) d’un côté et les milices du YPG continuaient dans la périphérie d’Alep. Pour rappel, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) (II), une coalition largement dominée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG), appuyées par les raids aériens russes se sont emparées de plusieurs localités qui étaient contrôlées par groupes de l’ASL et islamistes dans le nord de la province d’Alep à la mi-fin février 2016, non loin de la frontière turque. Des collaborations ont même eu lieu avec le régime Assad dans ces offensives. Le PYD a en effet maintenu des canaux de communications ouverts avec le régime Assad depuis le début du soulèvement en 2011 et cohabitent notamment avec les forces du régime dans les villes de Qamichli et Hassake, qui continuent à s’organiser normalement dans ces localités. Le régime Assad a d’ailleurs officiellement soutenu les avancées militaires du PYD dans la province d’Alep. De plus de nombreuses exactions ont eu lieu contre des civils arabes dans les régions dominés par les forces du YPG.

Cela dit il faut également condamner les membre des l’opposition syrienne de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution, dominées par les frères musulmans et libéraux et alliés à la Turquie et aux monarchies du Golfe, qui soutiennent les bombardements turcs contre les forces militaires du PYD et les civils kurdes, tandis qu’ils n’ont pas dénoncés les bombardements du quartier kurde d’Alep Sheikh Maqsoud par les forces salafistes djihadistes de Jabhat Al-Nusra et Ahrar Sham qui ont fait une dizaine de victimes civiles et une vingtaines de blessés le weekend du 27 février et continuent jusqu’à aujourd’hui.

Encore une fois, il faut remettre en cause les politiques du leadership de ces deux entités pour réaliser l’unité des peuples de Syrie, notamment arabes et kurdes, sur la base d’un programme démocratique et inclusif pour faire face aux forces de la contre révolution du régime Assad et des forces islamiques fondamentalistes.

Il y a eu selon diverses sources plus de 180 violations du cessez-le par les forces du régime et de l’opposition dans les cinq premiers jours de la trêve. La majorité de ces violations ont néanmoins été commises par les forces du régime. 135 personnes ont été tuées, dont 32 civils, dans les régions couverts selon l’accord de la trêve entrée en vigueur le 27 février. Dans les zones non couvertes par la trêve, 552 personnes ont été tuées. Néanmoins certaines aides ont été livrées dans des villes assiégées, comme au début de semaine passée à Mouadamiyat al-Cham, ville rebelle encerclée par l’armée du régime au sud-ouest de Damas. Selon M. de Mistura, l’ONU a récemment fait parvenir de l’aide à 115.000 personnes assiégées, mais 300.000 autres personnes ont besoin d’aide et 4,6 millions se trouvent dans des zones difficiles d’accès. L’opposition dénonce néanmoins le blocage continu de l’aide aux villes assiégées par le régime.

En outre, l’opposition syrienne a déclaré le vendredi 4 Mars que le régime Assad mobilisait des forces sur de nombreux fronts, malgré un accord de cessation des hostilités, et a dans ces conditions affirmée ces doutes sur la possibilité à maintenir les négociations de paix prévues pour le 10 mars. Le vendredi 4 mars, l’aviation russe ou syrienne a bombardé la ville de Douma, près de Damas, pour la première fois depuis le début de la trêve.

De son côté, l’Organisation des Nations Unies a déclaré que le prochain cycle de discussion des négociations de paix devraient normalement reprendre à Genève le 10 Mars, malgré les réticences de l’opposition qui se plaint des nombreuses violations de cessez le feu par les forces du régimes et ses alliés, doit encore confirmer sa participation. Les combats se poursuivent dans de nombreuses régions du pays, et comme on l’a vu le régime Assad et ses alliés maintiennent et/ou accroissent les offensives militaires contre les lignes de front d’importance stratégiques. L’opposition réclame aussi la libération des prisonniers et l’acheminement de l’aide humanitaire, conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU. L’absence de confiance des révolutionnaires syriens dans le respect de la trêve par le régime était exprimé très fortement dans les mobilisations massives du vendredi 4 mars, comme illustré par une pancarte d’un manifestant qui disait ” le traitre (Bachar Al Assad) ne fait pas de trêve sauf au Golan (occupé par Israel)”.

M. de Mistura a rappelé que “l’ordre du jour du processus est clair: premièrement des négociations en vue d’un nouveau gouvernement, deuxièmement une nouvelle Constitution, et troisièmement des élections parlementaires et présidentielle dans un délai de 18 mois”. Un départ d’Assad semble encore bien loin dans ces conditions, tandis qu’aucun changement radical du régime autoritaire, notamment de ses forces de sécurités, n’est à l’ordre du jour …

Ces manifestations populaires massives ont montré que les Syriens libres sont prêts à saisir toutes les occasions, même d’un répit partiel des frappes aériennes, pour réitérer leur révolution et les objectifs de la révolution, comme illustré sur une pancarte dans la ville de Saqba, campagne de Damas, disant: “la cessation des hostilités ne signifie pas un arrêt du mouvement révolutionnaire” ou aussi par les révolutionnaires de Kafranbel dans la ville de Ma’arat al-Numan: “Un cessez-le-feu est un cessez le feu; notre révolution pacifique est toujours en cours jusqu’au renversement d’ Assad et pour imposer la justice dans toute la Syrie”.

Les manifestations populaires massives du vendredi 4 mars à travers le pays et des jours d’avant avec ses slogans démocratiques et non confessionnels rappellent au monde entier, encore une fois, qu’il existe une alternative au régime Assad et aux forces salafistes djihadistes, les deux acteurs de la contre révolution et les deux grands perdants des mobilisations populaires massives L’alternative ce sont ces centaines de milliers de syriens et syriennes libres qui, malgré les bombardements, les blocus et les crimes de masse du régime criminel des Assad et de ses alliés d’un côté et les attaques et les pratiques autoritaires des forces salafistes djihadistes de l’autre, continuent de s’organiser et d’organiser la vie quotidienne de leurs villages, quartiers et régions libérées par le biais de leurs conseils révolutionnaires populaires locales. Les conseils locaux gérés par les révolutionnaires syriens ont été en mesure d’organiser et de fournir de multiples assistances et services (en terme d’éducation, services de santé, en accueillant et offrant un refuge aux populations déplacées, en organisant les collectes d’ordures, l’organisation de manifestations, campagnes démocratiques, etc …) à la population locale malgré toutes les difficultés. Ce sont aussi ces mêmes conseils populaires qui ont manifesté pour exiger l’unification des diverses forces de l’opposition armée sous la bannière de l’Armée syrienne libre et de respecter les objectifs de la révolution.

La participation massive du peuple révolutionnaire syrien a montré et montre encore une fois sa puissance et sa résilience quand il le peut.

Comme scandé par les révolutionnaires “cinq ans après le début de la révolution, le peuple veut toujours la chute du régime”.

Joseph Daher

6 Mars 2015

 

(I) Voir photos et vidéos des manifestations

https://syriafreedomforever.wordpress.com/2016/03/04/the-doors-for-the-peacefull-revolution-reopens-carnavals-of-protest-demand-freedom-and-the-overthrow-of-the-assad-regime-4032016-أبواب-الث/

II) Le mouvement armé des FDS, qui est largement dominé par les YPG tandis que les autres groupes jouent un rôle d’auxiliaires et est composés de groupes kurdes, syriaques et de l’ASL (comme l’armée des révolutionnaires « Jaysh al-thuwar »), été créé en octobre 2015 et pour fournir une couverture juridique et politique pour un soutien militaire américain au PYD en Syrie. Les Etats Unis ont décidé depuis cet été de soutenir le PKK syrien, le PYD, après son échec de former des bataillions de l’ASL uniquement prêt à combattre l’EI, car il le considère comme l’acteur le plus apte à combattre l’EI. Les Etats Unis espèrent que d’autres groupes de l’ASL rejoindront le FDS, mais les politiques du PYD, notamment de non conflit avec le régime Assad, soutien à l’intervention russe en Syrie, et des exactions commises aussi dans certaines régions contre des civils arabes, empêchent un lien de confiance de s’établir.

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