Syrie, un retrait militaire russe en trompe l’oeil

10553718_1337174379633330_2889561523069993673_o

Traduction: “La révolution continue jusqu’à la chute du régime et de tous ses symboles” 18 mars 2016, la Ghouta Orientale, périphérie de Damas.

Les manifestations populaires massives ont continué à avoir lieu à travers les zones libérées de la Syrie sous le slogan « La révolution continue »1. Plus de centaines de manifestations ont été enregistrées les derniers vendredi, y compris le « vendredi de la dignité » le 18 mars, du nord au sud du pays. Le drapeau révolutionnaire syrien était brandi partout, tandis que les forces salafistes djihadistes et leurs symboles étaient toujours absents de ces manifestations ces dernières semaines. Des rassemblements ont également eu lieu dans certaines villes et villages à majorité kurdes avec des slogans pour l’unité arabe et kurde et la solidarité avec d’autres villes et régions de Syrie. Une grosse manifestation a eu lieu dans la ville de Qamichli, à majorité kurde, le samedi 12 mars pour commémorer les douze ans de l’intifada kurde en Syrie de 2004, avec également des slogans contre le régime Assad.

Dans la ville de Ma’aret al-Nouman près d’Idlib, les manifestant-es continuent de s’opposer aux pratiques autoritaires des forces de Jabhat al-Nusra (Al Qaida en Syrie). Les manifestant-es ont également saccagé les bureaux de Jabhat Al-Nusra dans la ville et ont demandé la libération des activistes démocratiques et membres de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Les régions aux alentours ont témoigné leurs solidarités avec les révolutionnaires de Ma’aret al-Nouman et leurs opposition à Jabhat Al-Nusra.

Retrait militaire russe ?

L’annonce d’un retrait de la majeure partie des forces militaires russes de la Syrie par le Président Poutine le lundi 14 mars n’a pas pour l’instant pas empêcher la continuation des bombardements de l’aviation militaire de Moscou dans plusieurs régions de la Syrie, notamment pour appuyer l’armée du régime Assad, et le maintien de troupe russes dans certaines bases. La base aérienne de Hmeymim, au sud-est de la ville de Latakia, continue à être utilisé par l’aviation militaire russe, ainsi que la base navale de Tartous. Poutine a promis de protéger ces deux bases « de la terre, le ciel et la mer”. Sur le sol syrien, le pouvoir russe maintient également des hélicoptères, artilleries, des batteries de roquettes à longue portée et la plupart des 5.000 membres du personnel militaire russe, y compris des soldats et conseillers militaires. Le gouvernement Russe a également déclaré qu’il maintiendrait son système de défense aérien le plus avancé S-400 et n’hésiterait pas à abattre “toute cible” qui violerait l’espace aérien syrien.

Le retrait donc reste très partiel et a nuancé fortement, d’ailleurs le président russe Poutine a déclaré jeudi 17 mars que la Russie pourrait intensifier sa présence militaire en Syrie à nouveau en quelques heures et serait toujours prêt à bombarder les « groupes terroristes ». Il a aussi ajouté que la Russie continuerait également à renforcer l’armée syrienne avec des armes, de la formation et de l’assistance opérationnelle. Les bombardements russes ont d’ailleurs causé la mort de 55 civils syriens, y compris 13 enfants, le weekend du 19 et 20 mars, dans la ville de Raqqa et ses environs. La Russie soutient aussi l’armée du régime Assad dans son offensive actuelle pour reprendre la ville de Palmyre occupée par Daech. Le lieutenant-général Sergueï Rudskoy a affirmé que l’aviation russe menait environ 20-25 sorties par jour à l’appui à l’offensive sur la ville de Palmyre.

Cette annonce est arrivée surtout comme geste diplomatique avant le nouveau cycle de « négociations de paix » qui a repris à Genève à la mi-mars, avec la participation du régime Assad et de l’opposition syrienne de la coalition syrienne, dominée par des forces libérales et du mouvement des Frères musulmans, mais sans la principale force Kurde du PYD, du fait des pressions du gouvernement turc qui tient l’organisation pour un groupe «terroriste». Le scepticisme autour de ces négociations est néanmoins toujours de mise. Les représentants du régime ont par exemple soumis un document comme base de discussion d’une solution politique dans laquelle  la propagande officielle du régime est répété comme le maintien d’un État laïque (alors qu’il ne l’est pas), le maintien de l’intégrité territoriale de la Syrie et l’importance de la « lutte contre le terrorisme », mais aucun mot sur une transition politique. Précédemment, le ministre des Affaires étrangères syrien Walid Mouallem avait déclaré que la présidence était une ligne rouge et que cette question n’était pas sujette à discussion.

L’annonce du fédéralisme kurde par le PYD

Le jeudi 17 mars, une entité « fédérale démocratique » dans les zones contrôlées par le PYD dans le nord du pays a été proclamé. A l’issue d’une réunion de plus de 150 représentants de partis kurdes, arabes et assyriens à Rmeilane, dans le nord-est de la Syrie, les participants ont voté en faveur de l’union des trois « cantons » à majorité constitué par des populations kurdes (Afrine, Kobané, Jazireh). Le régime Assad et coalition syrienne ont tout deux affirmé leurs oppositions à cette annonce, tandis que Washington, malgré son soutien au PYD, et Ankara ont indiqué qu’il ne reconnaîtraient pas cette entité fédérale. Le ministère des affaires étrangères syrien a déclaré que « le gouvernement de la République arabe de Syrie met en garde quiconque serait tenté de saper l’unité de la terre et du peuple de Syrie », estimant que l’annonce n’avait « aucune valeur légale », tandis que la coalition syrienne a qualifié l’initiative kurde d’« illégitime » et « inacceptable ». 69 groupes armés, y compris de l’armée de l’Islam, des factions islamistes et de l’ASL, ont également signé une déclaration opposant le projet fédéraliste kurde dominé par le PYD.

La volonté d’un système fédérale est une demande de tous les partis kurdes en Syrie, mais d’autres partis kurdes réunis autour du Congrès national Kurde ont opposé cette annonce car elle doit faire l’objet selon eux de plus de discussions et explications avec les acteurs de l’opposition arabe de la Syrie qui pour une grande majorité y voient un pas vers la séparatisme et la division comme on a pu le voir sur des pancartes dans de nombreuses manifestations le vendredi 18 mars. De plus les politiques du PYD envers le régime Assad, maintient de canaux de communications ouverts depuis le début du soulèvement en 2011, cohabitation avec les forces du régime dans les villes de Qamichli et Hassake, (malgré des confrontations ponctuelles comme récemment lorsque les forces militaires du YPG ont arrêtées plus de 60 membres de services de sécurité du régime Assad à Qamichli) et les nombreuses exactions contre des civils arabes dans les régions dominés par les forces militaires du PYD, augmentent les suspicions et l’opposition d’une partie de la population arabe de Syrie.

Cela dit, nous devons apporter un soutien inconditionnel à l’auto-détermination du peuple kurde en Syrie et ailleurs, tout en affirmant que c’est l’unité des peuples de Syrie, notamment arabes et kurdes, sur la base d’un programme démocratique et inclusif qui permettra leur libérations et émancipations contre forces de la contre révolution du régime Assad et des forces islamiques fondamentalistes.

La solidarité internationale des organisations démocratiques et progressistes à travers le monde, qui fait encore défaut au peuple syrien, dans toutes ses composantes, en lutte pour la liberté et la dignité, est absolument nécessaire et doit s’intensifier.

Joseph Daher

20 Mars 2016

  1. https://syriafreedomforever.wordpress.com/2016/03/18/10930/

 

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s