Trembler d’indignation devant toutes les injustices

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Vue générale de l’hôpital Al-Quds après qu’il a été bombardé, dans le quartier de Sukkari à Alep, aux mains de l’opposition syrienne, le 28 avril 2016 / AFP/Archives

De l’Afghanistan à la Syrie, en passant par le Yémen et les territoires occupés palestiniens, les attaques contre les hôpitaux, les travailleurs médicaux et les patient-es sont devenues quasi systématiques ces dernières années par les forces armées des états impérialistes et leurs relais régionaux.

Le droit international humanitaire protège bien officiellement au niveau juridique les infrastructures médicales et les écoles, mais ces dispositions, comme bien d’autres d’ailleurs, sont constamment foulés au pied à travers le globe. Le 3 mai 2016, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution réaffirmant l’obligation de protéger les hôpitaux et le personnel médical dans les zones de guerre, mais qui reste bien sûr lettre morte. L’impunité des grandes puissances internationales et régionale est totale. Présente lors de l’adoption de la résolution, Joanne Liu, Présidente internationale de Médecins Sans Frontières (MSF), avait en effet dénoncé que « quatre des cinq membres permanents de ce Conseil ont, à des degrés divers, participé à des coalitions responsables d’attaques contre les structures de santé au cours de cette dernière année : à celle dirigée par l’OTAN en Afghanistan, à celle menée par l’Arabie saoudite au Yémen, ou à celle menée par les autorités syriennes avec le soutien de la Russie». Pour MSF, ces attaques systématiques contre les civils constituent une stratégie délibérée des États engagés dans la soi disant « lutte contre le terrorisme ». L’hypocrisie est totale à tous les niveaux.

En effet, commençons tout d’abord par le bombardement des forces aériennes états-uniennes de l’hôpital de traumatologie de MSF à Kunduz, en Afghanistan, le 3 octobre 2015, pendant plus d’une heure, alors même que l’ONG avait fourni ses coordonnées aux belligérants. Durant l’attaque, 105 patients et plus de 80 travailleurs médicaux étaient sur place. Résultat : 42 morts, dont 24 patients, 14 membres du personnel de MSF et quatre accompagnateurs. Et des milliers de personnes privées de soins médicaux d’urgence, alors qu’elles en ont désespérément besoin. Une enquête interne des États-Unis a conclu à une série d’erreurs qui ont débouché sur le bombardement de l’hôpital, excluant ainsi une attaque délibérée qui constitue un crime de guerre.

Plus récemment, le 8 octobre 2016, la coalition arabe, 9 pays emmenée par l’Arabie Saoudite et soutenu par les Etats Unis, a causé la mort de plus de 140 personnes dans des bombardements durant des funérailles dans la ville de Sanaa, au Yémen. L’Arabie Saoudite a déclaré une semaine après que ces frappes aériennes étaient le résultat d’une “information erronée”. Depuis l’intervention militaire de la coalition arabe menée par le royaume saoudien en mars 2015, les conséquences sont terribles plus de 6,700 mort-es, dont 3800 civils, 30,000 blessé-es, plus de 3 millions de personnes déplacées et quelque 80% de la population a besoin d’une assistance humanitaire. De nombreux bombardements ont visé des écoles, des hôpitaux, des marchés, des usines. Deux hôpitaux de MSF ont été visé dans des frappes aériennes saoudiennes à Taiz le 2 décembre 2015 et à Abs le 15 août 2016. Après l’attaque de l’hôpital d’Abs en août 2016, MSF a suspendu ses activités dans six hôpitaux dans le nord du Yémen, notant que les Saoudiens ne pouvaient fournir aucune garantie que les hôpitaux de l’ONG ne seraient plus pris pour cibles, alors que MSF a systématiquement communiqué aux parties au conflit les coordonnées GPS des hôpitaux où ses équipes travaillent. Toutes ces destructions de la coalition arabe ont eu lieu avec le soutien politique et logistique des Etats-Unis, qui ont notamment ravitaillés en vol les avions allant bombarder le Yémen, et fournit également des renseignements à la coalition. Sur le plan militaire, la préoccupation majeure des Etats-Unis au Yémen est d’éviter que le chaos provoqué par la guerre civile ne favorise l’expansion d’Al-Qaïda et du groupe Etat islamique. Les Etats-Unis mènent d’ailleurs régulièrement des frappes par drones contre les combattants d’Al-Qaïda. Des forces spéciales américaines sont notamment venues aider les forces yéménites soutenues par la coalition arabe à reprendre en avril aux djihadistes la ville de Moukalla dans le sud-est. Les Etats-Unis ont également bombardé le 13 octobre pour la première fois les rebelles Houthis au Yémen, accusés d’avoir visé avec des missiles de croisière des bateaux de guerre américains en mer Rouge. Autorisés par le président Barack Obama, les bombardements américains ont été menés avec des missiles de croisière Tomahawk tirés par le destroyer USS Nitze, et ont visé trois stations radars sur la côte de la mer Rouge, a précisé un responsable américain.

En Syrie, les forces aériennes du régime Assad et ensuite russes se sont également fait une spécialité depuis le début du soulèvement populaire en mars 2011 de viser et détruire les installations médicales. En effet, 382 attaques ont eu lieu contre des installations médicales en Syrie entre mars 2011 et juin 2016, dont 90% des bombardements ont été menés par les forces de Damas et de Moscou. Elles ont ainsi tué plus de 700 travailleurs·euses du personnel médical en Syrie. C’est sans oublié les multiples bombardements d’institutions civiles, comme celles des défenses civiles, connus sous le nom des « casques blancs », des boulangeries, écoles, usines, etc… Le bombardement systématique depuis plus de 3 ans d’Alep Est, dans les mains de l’opposition syrienne depuis la fin de l’été 2012, d’abord par les forces du régime Assad, et ensuite accompagnée par les forces aériennes russes à partir d’octobre 2015, est symptomatique de cette barbarie employée pour mettre fin à toute forme de résistance populaire dans le pays. La population des quartiers libérés de la ville d’Alep est passé d’environ 1,3 million d’habitant-es au début l’été 2013 avec une riche société civile d’organisations populaires à 250,000 aujourd’hui manquant de tout. Ces dernières semaines, entre le 22 septembre et 17 octobre 2016, plus de 448 personnes sont mortes, dont plus de 80 enfants sont morts. Dans des bombardements des forces aérienne du régime syrien et russes à Alep Est. Pour rappel, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), depuis le déclenchement du soulèvement populaire en mars 2011 jusqu’au 12 septembre 2016, au moins 301’781 dont 86’692 civils sont morts, bilan peut être encore plus lourd selon d’autres sources. Le régime Assad est responsable de la très grande majorité de ce crime, tandis que plus de 3800 civils ont été tués et 20’000 blessés par l’aviation russe en Syrie depuis le début de sa campagne militaire le 30 septembre 2015.

La barbarie de tous les États impérialistes et de leurs suppôts régionaux doit être condamnée de la même manière que celle des groupes terroristes comme l’Etat Islamique, bien qu’en termes absolus, le terrorisme d’État cause beaucoup plus de morts et de blessés. De plus, les bombardements indiscriminés alimentent bien souvent le développement et la propagande des groupes djihadistes les plus réactionnaires. De la même manière, il est important de dénoncer également l’indignation sélective de certains courants politiques à gauche, qui opposent aux «mauvaises bombes» et à la «mauvaise répression» des Etats-Unis les «bonnes bombes» et la «bonne répression» russes, tout comme il faut dénoncer les bombardements du régime syrien et saoudien contre les civils.

Notre boussole politique ne devrait pas être aimantée en continu par les capitales internationales comme Washington ou Moscou, ou dans le cas du Moyen Orient par les capitales régionales de Damas, Ryad, Ankara, Téhéran ou Doha, mais s’aiguiller sur l’indignation et la résistance des peuples en lutte. Comme disait Che Guevara « si tu trembles d’indignation à chaque injustice, alors tu es un de mes camarades ».

Joseph Daher et Ilir Ahmeti

17 octobre 2016

Une version raccourcie de l’article sera publiée dans le journal solidaritéS

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