Trump et le Moyen-Orient

ct-donald-trump-middle-east-20161119La victoire de Donald Trump aux élections présidentielles étasuniennes a sonné comme un choc brutal et dangereux pour les Etats-Unis comme pour le monde entier, y compris le Moyen-Orient. Il est vrai qu’en raison des déclarations variées et contradictoires de Trump en matière de politique étrangère, il est difficile de prédire ce qui se passera à la suite de son élection. Lui même avait déclaré «je veux être imprévisible», lors de son unique discours en politique étrangère en avril dernier.

Le cas de l’Iran est un bon exemple. Trump a annoncé à maintes reprises qu’il voulait démanteler l’accord nucléaire conclu en 2015, qu’il a qualifié de «catastrophique» et de «pire affaire jamais négociée» au cours de sa campagne, alors qu’il avait auparavant critiqué les sanctions durables qui empêchaient les entreprises étasuniennes de faire des affaires en Iran. L’accord ne sera très probablement pas rompu, soumis tout au plus à quelque pressions, dans la perspective de travailler plus étroitement avec l’administration russe sur d’autres dossiers, comme la Syrie ou l’Ukraine.

Dans le cas de la Syrie, des tendances semblent se dégager tout de même qui vont très probablement mener à plus de souffrances pour le peuple syrien. Trump est en effet beaucoup plus disposé que sa rivale Hillary Clinton à conclure des accords avec la Russie sur la Syrie, voyant en Vladimir Poutine un homme capable de combattre le terrorisme. Il a exprimé plusieurs fois au cours de la campagne son désir de rapprocher les deux pays. En octobre 2015, il avait loué l’intervention directe de l’aviation russe en appui au régime de Damas. Sous la présidence de Trump, la Russie et les Etats-Unis semblent donc plus enclins à collaborer dans la prétendue «guerre contre le terrorisme», renforçant et légitimant davantage le régime Assad et d’autres pouvoirs autoritaires.

C’est pourquoi les déclarations de Donald Trump en faveur d’une «zone de sécurité» financée par les monarchies du Golfe dans les frontières de la Syrie, où les déplacés syriens seraient concentrés à défaut d’être autorisés à chercher refuge à l’étranger, ont peu de chance de se concrétiser, car cela irait à l’encontre des intérêts russes en Syrie. La politique d’accueil des réfugiés sera d’ailleurs péjorée aux Etats-Unis, au vu de la rhétorique islamophobe et raciste de Trump.

Dans le cadre d’une collaboration plus étroite avec la Russie, l’administration Trump presserait aussi les alliés des Etats-Unis dans la région de cesser de soutenir les groupes armés de l’opposition syrienne. Cela accélérerait la mise en place d’un «gouvernement de coalition» coparrainé par Moscou et Washington avec à sa tête Assad qui inclurait quelques membres de l’opposition très conciliants ou des personnalités dites indépendantes mais proches du régime. Cela ouvrirait aussi la voie à une collaboration étasunienne avec le régime Assad, toujours au nom de la «guerre contre le terrorisme».

Plus généralement, le soutien des Etats-Unis aux régimes autoritaires, au Moyen-Orient et ailleurs, risque de s’amplifier. Trump a exprimé à maintes reprises son respect pour les «hommes forts», sur le modèle de l’homme autoritaire, machiste et blanc, en déclarant que même «les méchants» comme Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi pourraient être utiles dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi, lors de sa rencontre avec Abdel Fattah al-Sissi à New York, en septembre 2016, Trump a loué les efforts du dictateur égyptien dans sa «guerre contre le terrorisme» et a déclaré que s’il était élu, les Etats-Unis seraient, plus qu’un allié, un «ami de l’Egypte».

Un rapprochement similaire va probablement se produire avec le gouvernement turc de l’AKP présidé par Recep Tayyip Erdogan, malgré son autoritarisme toujours croissant. Les médias progouvernementaux en Turquie ont d’ailleurs montré ouvertement leur sympathie envers Trump durant et après la campagne. Une moindre intervention étasunienne dans la région permettrait à la Turquie d’avoir les mains encore plus libres concernant ses ambitions au Moyen-Orient.

Le peuple palestinien sera aussi une autre victime de la victoire de Trump, puisque ce dernier fermera les yeux, voire soutiendra les politiques autoritaires, racistes et expansionnistes du gouvernement extrémiste de Benyamin Netanyahu, en particulier l’expansion des colonies en territoires occupés, tout en sonnant le glas de la solution à deux Etats. En outre, durant la campagne, Trump a promis de transférer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et a déclaré que, quand il serait président, «il en sera fini des jours où l’on traitait Israël comme un citoyen de seconde zone».

La politique étrangère de Trump repose sur une forme d’«isolationnisme», traditionnellement associée à la droite populiste et à l’extrême droite étasuniennes qui ne veulent pas se mêler des affaires politiques du monde, quels que soient les dangers que courent les autres peuples. In fine, la puissance impérialiste des Etats-Unis risque de demeurer la plus importante au monde. Elle s’exprimera différemment, mais sa dangerosité ne sera pas moindre…

 

Joseph Daher*

22 Novembre 2016 (article publié sur le site du journal “le Courrier”: http://m.lecourrier.ch/144408/trump_et_le_moyen_orient)

* Universitaire et militant de solidaritéS. Parution récente: Hezbollah, the Political Economy of the Party of God, ed. Pluto Press, 2016.

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