Les grandes puissances s’entendent… sur le dos du peuple syrien

Les grandes puissances internationales continuent, lors de leurs diverses rencontres, de se concentrer sur deux objectifs principaux en Syrie : en finir avec l’État islamique (EI) et « stabiliser » le pays par le biais d’une transition politique maintenant les structures du régime en place, y compris le dictateur Bachar al-Assad, en tout cas à moyen terme.

Le septième round des pourparlers de paix entre les représentants du régime d’Assad et le Haut Comité des négociations (opposition soutenue par les monarchies du Golfe et la Turquie), s’est terminé le 15 juillet à Genève dans l’indifférence quasi totale et sans aucune avancée notoire. L’émissaire de l’ONU, Staffan de Mistura, a annoncé une huitième session en septembre, précisant qu’il avait demandé à tous les acteurs, y compris le régime syrien, de se préparer à des discussions relatives à la transition politique.

Multiples canaux diplomatiques

Parallèlement au processus de Genève, des rencontres sont régulièrement organisées à Astana, au Kazakhstan, sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. Ces trois pays se sont mis d’accord en mai sur la mise en place de quatre zones de « désescalade » en vue d’un cessez-le-feu durable, mais ont échoué à s’entendre sur les détails nécessaires à l’application de ce plan. La prochaine rencontre d’Astana aura probablement lieu la dernière semaine d’août et les trois pays parrains des négociations se retrouveront dès les 1er et 2 août en Iran pour des « groupes de travail ».

Le 7 juillet, lors du G20 à Hambourg, Trump et Poutine s’étaient eux aussi penchés sur le cas syrien, ajoutant à la confusion diplomatique. Un cessez-le-feu négocié par les États-Unis, la Russie et la Jordanie est entré en vigueur le 9 juillet dans trois provinces (Deraa, Quneitra et Swayda) du sud de la Syrie, même si une délégation de groupes de l’opposition armée participant aux discussions d’Astana avait exprimé son opposition à tout cessez-le-feu ne s’appliquant pas à l’ensemble du pays. Ces groupes se sont dits préoccupées par « des réunions et des accords secrets entre la Russie, la Jordanie et les États-Unis sur un accord pour le sud de la Syrie, séparément du nord ».

À la suite de cet accord, le secrétaire d’État Rex Tillerson a déclaré que Washington et Moscou avaient évoqué « d’autres régions de Syrie » pour lesquelles les deux pays pourraient « continuer à collaborer » pour établir des zones de cessez-le-feu. À en croire certains médias, les États-Unis auraient également prévu de mettre en place un comité conjoint pour coordonner les futurs accords en Syrie après la défaite de l’État islamique, priorité de l’administration Trump.

Macron confirme ses positions sur Assad

Macron a affirmé de son côté, lors de sa conférence de presse avec Donald Trump le 13 juillet, que son objectif était « l’éradication des terroristes, de tous les groupes terroristes, quelle que soit leur sensibilité » et d’établir un « groupe de contact » pour préparer l’après-conflit en Syrie. Il a ajouté, confirmant ses déclarations précédentes, qu’il ne faisait pas « du départ et de la destitution de Bachar al-Assad une condition préalable » à un règlement du conflit. Cette position, qui est en harmonie avec celles des États-Unis et de la Russie, se situe largement dans le prolongement des actions militaires de la France dans le cadre syrien depuis plusieurs années : des bombardements concentrés sur l’État islamique, qui ne manquent pas de faire des victimes civiles et qui n’enrayent pas les dynamiques mortifères en Syrie.

L’urgence absolue d’arrêter la guerre, qui ne cesse de créer des souffrances terribles, empêche le retour des réfugiéEs et des déplacéEs internes, et ne profite qu’aux forces contre-révolutionnaires issues des deux bords, ne doit pas conduire à adhérer au contenu des accords conclus entre grandes puissances au détriment des populations civiles syriennes et de tous les sacrifices consentis par ces dernières. Nous devons notamment dénoncer toutes les tentatives, qui se multiplient actuellement, de légitimer à nouveau le régime d’Assad au niveau international, visant à permettre à ce dernier de jouer un rôle dans le futur du pays. En outre, un blanc-seing donné aujourd’hui à Assad et à ses crimes accroîtrait immanquablement le sentiment d’impunité des États autoritaires, de la région et d’ailleurs, leur permettant d’écraser à leur tour leurs populations si celles-ci venaient à se révolter.

Joseph Daher

Article publié le 25 juillet sur le site du NPA et dans le journal l’Anticapitaliste: https://npa2009.org/actualite/international/syrie-les-grandes-puissances-sentendent-sur-le-dos-du-peuple-syrien

 

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