Trump renforce l’instabilité régionale et internationale

Donald Trump a tenu sa promesse. Le président américain a annoncé le 8 mai que « les États-Unis vont se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien », aussi appelé le Plan d’action conjoint (Joint Comprehensive Plan of Action, ou JCPOA en anglais) passé en 2015 entre l’Iran et le groupe P5+1 (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Russie et Chine), mêm si l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a déclaré a de nombreuses reprises que l’Iran avait coopéré de façon satisfaisante avec l’Agence et que les sanctions pouvaient être levées. Le retrait états-unien de cet accord a déjà augmenté les tensions régionales et internationales.

Les conséquences du retrait

L’accord sur le nucléaire iranien en 2015 avait levé une partie des sanctions internationales visant la République Islamique en échange du gel et de la mise sous contrôle international du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans. Cet accord avait été largement célébrée par la population iranienne, dont l’économie était étouffée par les sanctions. De nombreuses entreprises multinationales, particulièrement européennes, s’étaient alors empressées de lancer des projets après la suspension des sanctions. Les échanges de l’Union européenne avec l’Iran, qui ne représentaient que 7,7 milliards d’euros (soit 9,15 milliards de dollars) en 2015, ont par exemple quasiment triplé, pour atteindre en 2017 21 milliards d’euros (soit 25 milliards de dollars).

La décision de Washington contrecarre dès lors ces projets. D’autant plus que Washington a donné une période de 90 à 180 jours aux entreprises pour résilier les anciens contrats noués en Iran et interdit d’en conclure de nouveaux, sous peine de subir des sanctions de la part des États-Unis. Pour rappel, si la plupart des sanctions majeures contre l’Iran ont été promulguées pour tenter de bloquer son programme nucléaire à partir de 2005, au vu d’un faisceau de preuves attestant d’une dimension militaire, les Etats-Unis avaient commencé à sanctionner Téhéran dès 1979.

Pour l’heure, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France ont déclaré que leurs pays et l’Union européenne (UE) dans son ensemble resteraient attachés à l’accord nucléaire mais tenteront également de conclure un accord plus large avec l’Iran concernant notamment le développement de missiles balistiques et les interventions régionales iraniennes. Le gouvernement iranien a également annoncé qu’il resterait attaché à l’accord sur le nucléaire si l’Europe, la Chine et la Russie le respectaient.

L’Union européenne à d’ailleurs décidé à la mi mai de lancer le processus de la loi de blocage, le “blocking status” de 1996, qui vise à neutraliser les effets extraterritoriaux des sanctions américaines. Cet outil est un règlement européen créé à l’origine pour contourner l’embargo sur Cuba et qu’il s’agit désormais d’adapter pour les dirigeants de l’UE. Il permet aux entreprises et aux tribunaux européens de ne pas se soumettre à des sanctions prises par des pays tiers. Le désaccord avec les États-Unis sur l’embargo cubain avait toutefois été réglé au niveau politique et, donc, l’efficacité de ce règlement n’a jamais été éprouvée. Son effet pourrait être plus symbolique qu’économique.

Malgré cette mesure, les dirigeants européens ont répété qu’ils ne veulent pas enclencher une guerre commerciale avec Washington.

En même temps, la décision de Trump va renforcer en Iran l’influence politique et économique de rivaux de Washington : la Russie et de la Chine. Pékin est en effet de fait le premier partenaire économique et commercial de l’Iran. De son côté Moscou, L’Union économique eurasiatique, menée par Moscou et réunissant plusieurs ex-républiques soviétiques, a signé à la mi-mai à Astana (capitale du Kazakhstan), un accord préliminaire avec l’Iran. Réduisant d’ores et déjà les droits de douane sur certains produits pour trois ans, l’objectif est de créer à terme une zone de libre-échange. Si cet accord était en préparation depuis 2016, bien avant le retrait américain, il montre que la Russie comme la Chine ont l’intention de renforcer leurs relations commerciales avec Téhéran malgré le rétablissement des sanctions économiques de Washington.

L’axe Etats-Unis, Israel et Arabie Saoudite contre l’Iran

L’État israélien et le royaume wahhabite ont salué la décision du président états unien. Les deux états s’étaient farouchement opposés à la signature de l’accord qui permettait, à leurs yeux, de légitimer l’état du seuil nucléaire atteint par Téhéran d’une part, et d’améliorer la situation économique de l’Iran grâce à la levée progressive des sanctions internationales d’autre part. L’opposition à l’Iran constitue un des piliers les plus importants de leurs politiques régionales et ont encore davantage rapproché Ryad et Tel Aviv ces dernières années.

L’armée israélienne a d’ailleurs profité de la décision étast-unienne pour poursuivre ses attaques contre des cibles iraniennes en Syrie, qui se sont multipliés ces derniers mois. Moins d’une heure après l’annonce de Trump, Israël avait en effet lancé une nouvelle attaque de missiles sur une base syrienne utilisée par des troupes iraniennes. L’Iran a riposté depuis la Syrie en tirant des missiles sur les avant-postes militaires israéliens sur le plateau du Golan syrien occupé par Israel. Israël s’est alors lancé dans une salve d’attaques aériennes sans précédent contre 50 installations militaires et de sécurité iraniennes en Syrie. L’accroissement de la présence iranienne en Syrie ces dernières années a été très fortement contestée par Israël, l’Arabie saoudite et les Etats Unis. Même la Russie, partenaire de l’Iran dans l’assistance au régime syrien pour réprimer le soulèvement populaire syrien, ne verrait pas d’un mauvais œil l’affaiblissement de l’infuence iranienne en Syrie, en témoigne son accord tacite vis-à-vis des frappes israéliennes.

Malgré des appels au calme et d’un refus d’une nouvelle escalade militaire des dirigeants israéliens et iraniens, la multiplication des confrontations sur le sol syrien n’augure rien de bon pour la région.

Solidarité avec les classes populaires en Iran et à bas le régime des Mollahs

Les principales victimes de cette situation sont néanmoins les classes populaires iraniennes qui vont être confronté à des nouvelles sanctions avec des conséquences néfastes sur leurs situations socio-économiques et les risques de renforcement de tensions régionales. Après la vague de manifestations populaires et grèves au début de l’année 2018 contre le régime iranien, avec des appels notamment au renversement de la République islamique et à la fin de ses interventions militaires dans la région, particulièrement en Syrie et au Liban, la décision du président états unien Trump et les menaces de guerres contre Téhéran permettront au régime des Mollah de qualifier toute forme d’opposition progressiste, de gauche et démocratiques d’expression de soutien aux États-Unis, à Israël et à l’Arabie saoudite et donc de renforcer les mesures répressives dans le pays.

Notre solidarité va donc avec les classes populaires iraniennes et de la région contre les états autoritaires de la région et des impérialismes internationaux.

Joseph Daher

Version allongée d’un article publié dans le journal solidaritéS

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

w

Connecting to %s